Fontainebleau, je ne boirai pas de ton eau !

J’ai roulé et c’était la campagne, comme un monde à part, cependant si proche. Sur le parking, une dizaine de voitures vides et des panneaux explicatifs. Je m’étais transporté dans le vaste domaine de Fontainebleau, je marchais maintenant sur une petite route goudronnée puis sur un sentier où, sans pitié, j’écrasais des feuilles, pourtant déjà mortes, certaines criaient, crissaient, elles voulaient se faire sans doute remarquer alors que d’autres arboraient des nervures ramollies ou des blessures entamantes et se terraient déjà dans leur cimetière sans concessions, j’enjambais des flaques de pluie ou des trous vaseux – Fontainebleau, je ne boirai pas de ton eau ! – j’allais examiner de près cet arbre tout blanc, couché (plus de boulot ?), solitaire, délaissé, or je n’entendais aucun oiseau chanter et pourtant ce n’était pas la fin du monde puisque la route parallèle n’en finissait pas d’acheminer des camions (les taxis stationnaient à Orly ou Roissy) et des véhicules de toutes sortes comme si le front de Verdun était proche, je reconnaissais l’empreinte des sabots de deux chevaux, et tout à l’heure, en conduisant avec des champs plats à perte de vue, à peine entrecoupés de rares pylones électriques, j’avais repensé à la phrase d’un écrivain cochée un jour au crayon de papier sur son livre de papier (1) et que je viens de retrouver dans son exactitude, l’air était frais, le soleil jouait à qui perd-gagne à travers les branches disposées n’importe comment, j’avais sans doute perdu quelque part un fantôme de balcon en forêt.

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(1) Julien Gracq, Liberté grande, Librairie José Corti, 1946, 6ème réimpression décembre1980, page 81.

Font1_DH(La photo ci-dessus en dissimule une autre.)

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Font13_DH(Photos prises le 3 février. Cliquer pour agrandir.)

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21 réflexions sur “Fontainebleau, je ne boirai pas de ton eau !

  1. brigetoun dit :

    grand merci pour la promenade en mots et en photos (tout agrandi et dégusté)
    une préférence, ne sais pourquoi, pour l’homme et son chien

  2. gballand dit :

    Eh bien, que d’aventures à deux pas de chez soi 😉 « L’oeil bleu » sur l’arbre est le début d’un parcours mystère…

  3. pascale dit :

    Éclairage insolite et suspens anormal du temps … tout y est, merci à vous. Est-ce l’auteur qui s’éloigne avec son chien?

  4. Francesca dit :

    Belle promenade que, coincée à Paris intra muros tout ce weekend, je ne peux faire autrement que par tes yeux sensibles. Merci.

  5. @ Francesca : tu peux toujours faire un saut aux Buttes-Chaumont (Aragon y rôderait encore, dit-on)…

  6. Anna2B dit :

    Une forêt étiquetée, balisée, banalisée, perd tout son sens. Ici elle paraît mutilée et l’arbre tombé, décharné, un soldat mourant.
    Achève -t- on aussi bien les forêts que l’on massacre ses biches et sangliers?

  7. PdB dit :

    une sorte de mélancolie que la forêt en hiver, un peu hein… (le point bleu, là, c’est pour indiquer…? demander peut-être à PhA…)

  8. Aunryz dit :

    Merci pour cette belle balade au milieu des êtres lents
    (et cette ville d’en haut)

  9. J’aime les forêts ! En dormance ou à leur réveil printanier, sous la pluie ou sous le soleil. Il suffit de laisser traîner ses yeux et ses oreilles pour revenir avec une moisson de petits riens pleins de la vie qui va. Marcher dans les feuilles est un plaisir commun aux hommes et aux chiens (j’en sais doublement quelque chose ! ) Merci de nous avoir emporté dans votre sac à dos…

    • @ mchristinegrimard : feuilles, feuillages et ramages… mais pas vu de plumages ! C’est vrai, j’imagine qu’un chien (non tenu en laisse) doit voir la forêt comme un terrain de jeu immense…

  10. Alex dit :

    C’est le peintre Jean Cousin, peintre de Francois Ier, avec son école, qui a décoré le château de Fontainebleau.
    Jean Cousin a inventé la Renaissance française, beaucoup plus païenne que la Renaissance italienne, et déjà presque romantique avec cet amour moderne de la nature.

  11. Alex dit :

    @ DH : il avait défini les canons de la beauté féminine dans un célèbre traité. Il serait intéressant et amusant de connaître le point de vue de Boutin sur toutes ces nymphes…
    Il est vrai que La Chapelle Sixtine avec tous ses corps nus, a fait scandale auprès des bourgeois de l’époque.

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