Archives du 01/04/2016

Écrire politique (1/2)

Le tiers livre et scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de « vases communicants » : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement. Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.

La liste des participants de ce mois et la recension de l’exercice sont établies par eclectante, qui a succédé à Angèle Casanova, après la gestion d’anthologie qui en fut réalisée par Brigitte Célérier.

Aujourd’hui, j’ai le grand plaisir de publier ici un texte qu’Éric Schulthess, qui m’a proposé cet échange … hier soir, m’a envoyé sur le thème qu’il avait envisagé, tandis qu’il m’offre l’hospitalité sur son blog Carnet de Marseille.

Avec une pensée fidèle pour Francis Royo qui nous a quittés en nous laissant tous ses mots précieux.

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rue Bichat, 31.3.16_DH(cliquer pour agrandir.)

Mordre puisqu’il est encore temps

ne plus se laisser faire

jeter aux orties la fleur éventée à force de tricher sur le parfum

– changer la vie nous avaient dit avec leur rose au poing

le désirions tant qu’y avions cru

et savouré la légèreté de l’air de mai

étions jeunes

encore

avions mis un mouchoir rouge sur notre radicalité

avions joué le jeu des lendemains qui chantonnaient

sans tarder, la rose a peu à peu perdu ses épines

pour mieux se vendre aux marchés

de plus en plus pâle

de plus en plus triste avec ses pétales en costard-cravate

de plus en plus dénuée d’imagination

de plus en plus insensible aux visages de la rue

des quartiers

des usines

des ouvriers

des cités

des femmes

des jeunes

des étrangers

des artistes

et puis est venu le temps sans illusion

du changement c’est maintenant

la rose s’est flétrie sur le grand étal de la finance

de la précarité

du reniement

des trahisons à la pelle

a perdu le lien avec la sève qui abreuve nos veines

se délite et part en poussière sur les pavés de notre Histoire

alors mordre maintenant, oui, puisqu’il le faut

arrêter de se pâmer devant les roses roses

et tous ensemble

croquer dans les cerises rouges de mai

                           ——

texte : Éric Schulthess

photo : Dominique Hasselmann

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