Anselm Kiefer avec ses locomotives, chars d’assaut, avions, sous-marins et poètes [3/3]

En fait, le « gigantisme » des tableaux d’Anselm Kiefer est limité par la taille de l’espace qui lui était offert par le Centre Pompidou (commissaire de l’exposition : Jean-Michel Bouhours). L’idéal serait sans doute – si l’artiste entend donner un aperçu approchant du sentiment de la guerre par la taille même de ses œuvres – un « land art », donc non limité à l’enclos sous un toit, une « installation » qui serait une « solution » (si l’on ose dire) finale, comme elle est montrée au bout du parcours dans les salles du musée.

L’aspect quasi « démentiel » (ce que dément le ciel) des images, des visions, parfois en relief, qui s’accrochent aux cimaises – en allant jusqu’au cimetière – reflète, réfléchit, réanime, réattribue, ressuscite des âmes mortes, des villes démembrées, où la rouille s’est déposée, où la poussière s’est accumulée, où le vent ne souffle plus : comme plus tard après Hiroshima et Nagasaki, le silence règne, l’immobilité est devenue statuaire, le temps est pendu à un arbre de fer, et ici ou là une locomotive avec son tender fait du surplace dans la boue, un char d’assaut joue la chenille pétrifiée, un avion militaire ne décolle plus, un sous-marin (U-Boot) échoue dans ses tentatives de mouvement sur le sable mouillé.

Les tentations de l’artiste vers d’autres cultures ou religions (la Kabbale, le bouddhisme) participent d’une recherche vers une spiritualité vaste les dépassant elles-mêmes : les gisants reposent comme des vivants fatigués.

L’Histoire surplombe enfin le paysage, l’arbre généalogique ou illogique des poètes (et des philosophes) se dresse pour nous rappeler que la pensée échappe à l’impensable et que l’art en est la matière créée, qu’elle soit faite de réalité, de rêves ou de cauchemars teintés de noir, de gris et de marron, éclairés par des flammes vacillantes.

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Anselm32_DH(la photo ci-dessus en cache une autre.)

Anselm33_DH(toutes les photos sont agrandissables sauf une.)

[ FIN ]

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19 réflexions sur “Anselm Kiefer avec ses locomotives, chars d’assaut, avions, sous-marins et poètes [3/3]

  1. brigetoun dit :

    le livre l’avais vu
    oui l’immense, et la rouille, la brutalité du monde adouci, poétisé par la rouille
    enfin je ne sais pourquoi, cette oeuvre parle en nous

  2. Art démentiel que dément le ciel, en effet…
    Écrasant ! Noir de gris.
    Merci pour cette visite à couper le souffle.

  3. @ mchristinegrimard : Merci pour votre commentaire…
    Oui, c’est une exposition qui ne peut laisser indifférent(e) ! Tant mieux si j’ai pu vous en faire partager quelques aspects…
    L’installation en plein air a d’ailleurs existé (voir le lien en rouge), un film en témoigne. Mais là c’est une concurrence frontale aux musées !

  4. PdB dit :

    (il me semble avoir vu plusieurs fois cette blonde -je crois baskets oranges- sur tes photos , là -5°photo- elle semble agacée) (j’ai remarqué aussi les diverses personnes qui portent des baskets -moins aujourd’hui que les deux fois précédentes-, j’ai trouvé ça joli) et pour le travail de l’artiste, quelle ampleur… (merci pour la visite)

  5. Alex dit :

    Tableaux d’histoire, qui habituellement commémorent une victoire et non l’inverse…
    Champs de ruines…quelque part en Orient la folie destructrice a repris ses ravages…

    • Alex dit :

      …et je pense aux peintres qui ont exprimé et dénoncé la tragédie de la guerre, Albrecht Dürer, Jacques Callot, Francisco Goya… et Jean Fautrier pour le XXe siècle.

  6. @ Alex : beaucoup de peintres ont pris la guerre pour sujet. Ici, elle relève d’une approche « monumentale », ce qui n’enlève rien à la valeur d’autres angles de vision.

  7. francesca dit :

    C’est, grâce à cet article, ma troisième visite et j’en sors encore la gorge serrée…
    Le texte a voulu plusieurs lectures, juste pour sa beauté !
    La programmation du café breton laisse rêveur et ses visuels réjouissent après les ruines de Kiefer. Néanmoins il ne nous laisse pas désespérés.

  8. Catherine SERRE dit :

    Devant vos photos je me demande j’ essaie de découvrir (à nouveau) quel visiteur / quel photographe d’expo vous êtes, faites vous un tour pour rien pour voir pour vous puis un tour avec un regard global en tête et une démarche de re-portage ou avez-vous le talent de combiner les deux, c’est tellement compliqué (pour moi) de me laisser happer par l’émotion de l’art et l’élaboration de la pensée que j’aime avoir avec le plus de simultanéité possible que je n’arrive absolument pas au recul nécessaire pour le cadrage et la prise de vue – souvent j’en reste là donc, achetant les (petits ) catalogues ou misant sur le souvenir.Quoi qu’il en soit un immense merci pour votre regard sur ce travail qui va marquer mon année 2016 !

    • @ Catherine SERRE : Non, je ne fais pas de « repérage », je prends les photos selon ce qui accroche mon regard, au fil de ma déambulation plus ou moins hasardeuse, et c’est tout.
      Ne pas se prendre la tête, se laisser aller et captiver (comme l’on est captivé alors) par ce que l’on voit, sans souci d’exhaustivité ni de choix longuement mûri !
      Ensuite, au retour, rajouter juste quelques mots et une pincée de souvenirs… 🙂

  9. annaurlivernenghi dit :

    Un déambulateur qui ne craint pas la rouille. C’était super.

  10. @ annaurlivernenghi : j’ai essayé de ne pas m’enraciner en ces lieux… 😉

  11. Martine Cros dit :

    Un régal que cette trilogie!!

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