Archives du 06/05/2016

« Vous qui passez sans me voir… »

Le tiers livre et scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de « vases communicants » : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement. Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.

La liste des participants de ce mois et la recension de l’exercice sont établies par eclectante, qui a succédé à Angèle Casanova, après la gestion d’anthologie qui en fut réalisée par Brigitte Célérier.

Aujourd’hui, j’ai le grand plaisir de publier ici un texte de Marie-Noëlle Bertrandtandis qu’elle m’offre l’hospitalité sur son blog La dilettante.

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Magenta, 31.3.16_DH(cliquer pour agrandir.)

Dans la lumière humide d’avril,

il passe, il ne me voit pas

de toute façon, il ne me regarderait pas

il détournerait les yeux.

Il fixe sa tablette tout en marchant,

il se croit connecté…

Aujourd’hui, moi, j’ai déconnecté,

je suis resté sous la tente,

fragile esquif au cœur de la ville,

bulle où commence la contrée nommée exclusion,

il ne veut pas en franchir la frontière,

ne serait-ce que d’un regard…

Je suis l’incarnation de ses pires craintes.

A louer, la pancarte est là depuis des semaines…

Quelqu’un s’est-il dit une seule fois :

celui qui est assis sur le seuil,

celui qui est allongé sous la tente,

d’autres aussi

pourraient y trouver un abri de fortune.

C’est sûrement pas chauffé

mais au moins, ils auraient un toit sur la tête…

N’ont-t-ils pas plutôt pensé

Allez wake up, bouge-toi feignasse

T’as deux bras, deux jambes…

Je suis une vie qui ne compte pas,

pas même une ombre de la rue.

Je suis le spectateur de leurs vies,

nos quotidiens sont deux mondes même pas parallèles…

Je ne suis pas l’invisible,

je suis l’invu, l’inregardé.

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texte : Marie-Noëlle Bertrand

photo : Dominique Hasselmann

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