Archives du 11/06/2016

Point de vue et images de tout ce qui bouge (ou fait semblant) en bas

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Mon boulot est de surveiller (punir, c’est celui du ministère de la Justice dont on connaît le laxisme avéré), et là on m’a commandé de le faire d’en haut.

Je survole les routes, les habitations, les villas (peu de piscines dans le coin, mais on n’est pas au-dessus du Loing), les camions, les voitures, les scooters, les motos, les vélos, les piétons.

Pour moi, ce ne sont que des fourmis, plus ou moins colorées. On dirait qu’elles manquent d’un chef pour organiser leurs déplacements qui s’enchevêtrent dans un désordre indescriptible – pourquoi pas uniquement des voies à sens unique ? –  d’où des croisements, doublements multipliés, demi-tours improvisés, feux rouges non respectés, un bordel généralisé…

Bien sanglé dans cet hélico, avec mon capitaine à droite, je me sens au-dessus de la mêlée : tiens, j’approche d’un stade de foot, mais hier soir c’était déjà le premier match de l’Euro 2016. Celui-là, il est vide, normal, c’est à Antony (92), ne pas confondre avec le Stade de France de Saint-Denis (souvenirs du 13 novembre 2015), enfin barricadé comme il faut.

L’important, c’est la sécurité (en fait, on a encore le droit, mais pour combien de temps encore ?, de rester chez soi devant son poste de télé et non d’aller se faire fouiller avant de regarder des types courir après un ballon), et aussi l’ouverture que l’on offre à la population : on ne parle plus guère de toutes ces grèves à cause de la Loi Travail (SNCF, Air France, raffineries de pétrole… mais dont le robinet s’ouvre à nouveau, ramassage des ordures, etc.), tout le monde « communie » enfin dans l’amour du pays au son d’« Allez les Bleus ! » (rien à voir avec la Marine) et je me réjouis de voir tous ces visages hilares peints en tricolore (qui parle encore d’« identité nationale » ?), s’agitant dès qu’ils se reconnaissent en gros plan sur l’écran géant de l’enceinte sportive.

Si on réussit l’Euro 2016, pourquoi pas la prochaine élection présidentielle ? Le vingt-quatrième homme de l’équipe de France deviendrait alors illico (cocorico) son avant-centre.

Et voilà que le bruit entêtant des pales du rotor de notre hélico me rappelle soudain un morceau de musique contemporaine  : eh oui, on peut être gendarme et mélomane – sans le clamer, par précaution professionnelle, sur les toits.

hélico2_DH(les deux photos, prises le 9 juin, peuvent être agrandies.)

(Karlheinz Stockhausen, Helicopter String Quartet, extrait)

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