Archives du 15/07/2016

Horizon à perpétuité

Horizon_DH

Le paysage défile, même si le 14 juillet c’était hier. Les arbres se courbent au passage de la voiture, comme saluant l’imprudent qui n’a pas toujours un œil sur le compteur, ce qui peut être dangereux (à quand la notification orale de la vitesse ?).

Les camions sont dépassés, il revoit souvent le même avec son soleil jaune souriant. Comme si l’astre se faisait trimballer partout, même par temps de pluie, bravade amusante aperçue de dos puis latéralement le temps d’un mouvement d’essuie-glaces.

Devant lui, l’horizon à perpétuité : personne ne l’aurait libéré de sa prison céleste. Celui-ci ajoute une dimension carcérale au regard puisqu’on ne peut l’embrasser en entier. Sa couleur violette tourne vers un noir dégradé.

L’autoroute va plus vite que l’auto. Il fonce toujours plus droit, le péage n’est plus qu’à cinquante kilomètres. « L’arbre à cames en tête » : il rit de cette plaisanterie qu’il a émise devant le boss avant de prendre la direction d’Amsterdam.

Quelle hâte de retrouver les canaux de cette ville, d’y rouler en vélo (il va en louer un à col de cygne et avec deux grosses sacoches en cuir accrochées au porte-bagages), de se croire devenu un habitant sur deux-roues de cet espace où les maisons réfléchissent dans l’eau ! Puis franchir les multiples petits ponts et aller chercher la marchandise dans le quartier de Prinsengracht.

Il faut que ça rapporte. Aller-retour moins surveillé que le trajet en Thalys.

Après avoir dormi dans un hôtel près de la gare où figure un portrait de Spinoza encadré sur le mur du couloir, il s’est levé tôt le lendemain, a été déposer ses petits paquets d’apparence quelconque au bureau de poste situé près de l’immense parking à bicyclettes toutes semblables, et a repris le chemin à l’envers.

Autres arbres, autres stations-service, autres octrois. Tout se déroule sans encombre, le Coyote fait son office – on peut alors se permettre de longues plages d’indiscipline – et puis tout à coup ces triangles lumineux « Halte, Douanes », et ces deux voitures à gyrophares bleus juste à l’entrée de l’aire de repos. Il freine.

– Bonjour, vous avez les papiers du véhicule ?

– Oui, no pb.

– Vous revenez d’Amsterdam ?

– Yes, une petite visite au musée Van Gogh…

– On va regarder un peu dans votre belle voiture, si ça ne vous dérange pas.

– Faites votre boulot, messieurs !

Les types portant des uniformes ont fouillé partout dans l’Audi Q5, et n’ont rien trouvé. Ils ont fait chou-blanc, comme la couleur du véhicule aux sièges en cuir marron glacé.

Il a enfin remis le contact, leur a dit au-revoir : il était de nouveau content de pouvoir écouter sa radio en quadriphonie tout en conduisant, loin des importuns qui stationnent parfois sur des autoroutes apparemment libres.

Il pensa que ça lui ferait du bien de relire L’herbe du diable et la petite fumée de Carlos Castaneda, une fois rentré de sa mission : une autre manière de voyager, loin de la barbarie terroriste ayant frappé le soir même de la Fête nationale à Nice.

Castaneda_DH(photo : 2 juillet ; scan : 14 juillet. Cliquer pour agrandir.)

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