Le lieu où l’on parle du crime

Le nouvel atelier d’écriture lancé le 30 novembre par François Bon propose pour thème « le lieu ».

Voici ma contribution, parmi d’autres, publiée le 4 décembre.

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La « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 » est accrochée au mur ; souvenir laissé par Pierre Joxe ; longue à lire, on l’a dans le dos ; les sièges en plastique sont tous occupés ; derrière le comptoir deux femmes recueillent les plaintes ; un couple de touristes américains a du mal à se faire comprendre ; elle, son sac a été arraché dans le métro, lui il se balade en short et baskets Nike ; murs anthracites, des flics passent en permanence ; ils partent en patrouille ou reviennent avec un type menotté ; néons : tout le monde blafard ; un escalier conduit aux étages, ceux des interrogatoires et des chefs ; hall de gare, il convient de faire attention ; des vélos et voitures à gyrophares attendent dans la cour ; une charmante policière m’appelle par mon nom, comme si elle me connaissait ; elle m’emmène dans une pièce pour prendre ma déposition ; un PC sur son bureau, aucune décoration pour égayer l’espace réduit ; elle tape ma déposition avec dextérité (vol lors d’un retrait de billets à un distributeur automatique de la Poste situé dans une rue) ; fonctionnaire qui accomplit son boulot avec professionnalisme – je sais bien que la plainte n’aboutira à rien ; le commissariat de police comme une ruche : beaucoup d’abeilles et des bourdons ; uniformes avec rayures correspondant aux grades, d’autres habillés en jeans et blousons : ils paraissent presque déguisés ; au comptoir, envie de boire un verre mais ce n’est pas prévu ; ici, on se sent plus ou moins rassuré ; à l’extérieur, des barrières métalliques forment une chicane dissuasive pour les apprentis terroristes ; on est forcément coupable quelque part ; j’aime que cet endroit soit situé dans une rue de Paris (10e) qui porte le nom du journaliste Louis Blanc ; il lança, entre autres, les « ateliers sociaux » ; en exagérant un peu, j’aimerais bien retourner un jour sur le lieu où l’on parle du crime ;

DOMINIQUE HASSELMANN*
paves-15-10-16_dh(photo prise le 15. 10. 2016 à Paris. Cliquer pour agrandir.)
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14 réflexions sur “Le lieu où l’on parle du crime

  1. brigetoun dit :

    plaisir de le retrouver ce lieu (enfin plaisir.. pour les mots) assorti d’une photo

  2. gballand dit :

    une déclinaison de ponctuations qui permet une description intéressante du lieu avec retour sur soi de temps à autre, comme garde-fou 😉

  3. … le début d’un roman.

  4. @ colorsandpastels : policé… 😉

  5. Alex dit :

    L’intérieur d’un commissariat est toujours très stressant, on y ressent les ondes de tous les criminels et de toutes les victimes qui sont passés par là.
    Un concentré d’émotions négatives qui reste encore accrochées aux murs.

  6. Plaisir de relire ce texte.

  7. annaurlivernenghi dit :

    Bien ! L’écriture brève s’adapte absolument au lieu. On en redemande

  8. Godart dit :

    Pavés du Canal Saint-Martin ? Atmosphère, atmosphère, votre lieu a de la gueule.

  9. @ Godart : vous avez gagné un abonnement gratuit à « Métronomiques » !

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