Cy Twombly, ainsi [1]

« Qui c’est, Cy Twombly (ici dénommé TW) ? Qu’est-ce qu’il fait ? Comment nommer ce qu’il fait ? Des mots surgissent spontanément (« dessin », « graphisme », « griffonnage », « gauche », « enfantin »). Et tout de suite une gêne de langage survient : ces mots, en même temps (ce qui est bien étrange), ne sont ni faux ni satisfaisants ; car, d’une part, l’œuvre de TW coïncide bien avec son apparence, et il faut oser dire qu’elle est plate ; mais d’autre part – c’est là l’énigme –, cette apparence ne coïncide pas bien avec le langage que tant de simplicité et d’innocence devraient susciter en nous, qui la regardons. « Enfantins », les graphismes de TW ? Oui, pourquoi pas ? Mais aussi : quelque chose en plus, ou en moins, ou à côté. On dit : cette toile de TW, c’est ceci, cela ; mais c’est plutôt quelque chose de très différent, à partir de ceci, de cela : en un mot, ambigu parce que littéral et métaphorique, c’est déplacé.

Parcourir l’œuvre de TW, des yeux et des lèvres, c’est donc sans cesse décevoir ce dont ça a l’air. Cette œuvre ne demande pas que l’on contredise les mots de la culture (le spontané de l’homme, c’est sa culture), simplement qu’on les déplace, qu’on les déprenne, qu’on leur donne une autre lumière. TW oblige, non à récuser, mais – ce qui est peut-être plus subversif – à traverser le stéréotype esthétique ; bref, il provoque en nous un travail de langage (n’est-ce pas précisément ce travail – notre travail – qui fait le prix d’une œuvre ?). »

Roland Barthes, Cy Twombly ou « Non multa sed multum », Œuvres Complètes V, Livres, textes, entretiens (1977-1980), Éditions du Seuil, 2002, page 703.

——–

L’exposition Cy Twombly (1928-2011) a lieu au Centre Pompidou, à Paris, du 30 novembre 2016 au 24 avril 2017. C’est bien d’y aller un soir, vers 19 heures, il n’y a pas foule pour regarder les cent quarante peintures, sculptures, dessins et photographies. Ici, il ne s’agit que d’en garder quelques traces arbitraires et fugaces, sauf peut-être dans la mémoire.

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tw10_dh(photos prises le 9 décembre. Cliquer pour agrandir.)

[ ☛ à suivre ]

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25 réflexions sur “Cy Twombly, ainsi [1]

  1. Alex dit :

    Merci de nous faire visiter cette exposition de Twombly en avant-première. J’aime bien aussi le style des visiteurs, qui en dit long… sur leurs centres d’intérêt !

  2. Découvrir un artiste que je ne connais pas du tout

  3. MyoPaname dit :

    Je ne connait pas cet artiste, ce qu’il fait est déroutant 😉

  4. @ MyoPaname : pour l’instant, vous n’en avez vu qu’une partie. Cy Twombly (comme le dit Roland Barthes) produit un art « déplacé » qui aussi « fait écho, éblouit, surprend… ».

  5. Francesca dit :

    Pas encore vu cette expo, merci de cet avant-goût !

  6. @ Francesca : jusqu’au 24 avril, ne la découvre pas d’un fil ! 🙂

  7. NP dit :

    Magnifique cette exposition pour un peintre si rare. Barthes parle aussi de la « jouissance de la couleur ». Ses grands tableaux colorés sont pour demain je suppose.

  8. PdB dit :

    ce qu’il y a c’est que beaubourg c’est quand même plus beau de jour… (enfin ce que j’en dit) (on ira quand les jours rallongeront pour maintenant…)

  9. Désormière dit :

    Ceci me rappelle un baiser qui fit scandale, le 19 juillet 2007 à Avignon au Musée d’art contemporain, et une délinquante que j’ai probablement croisée.

    • @ Désormière : oui, j’y ai pensé en lisant l’allusion faite par Roland Barthes dans l’extrait reproduit plus haut…
      Je m’étonne de n’avoir pas commenté à l’époque (c’est déjà un peu loin !) votre post sur le sujet !

  10. Arlette A dit :

    Merci de nous inviter a vous suivre …je connais peu cet artiste

  11. brigetoun dit :

    c’est une oeuvre que j’aime avec plus ou moins de force selon les oeuvres, mais avec toujours au moins un sourire de reconnaissance et reconnaissant, et souvent que j’aime totalement (et c’est un bon photographe et amateur de bons photographes)

  12. […] Roland Barthes (opus cité). […]

  13. walachniewicz dit :

    Ah merveilleux Twombly que je ne pourrai voir qu’à moins d’un voyage à Paris. Vous êtes vernis vous les Parisiens ;o)

  14. […] Roland Barthes (opus cité, page 711). […]

  15. […] Roland Barthes (opus cité, page 720). […]

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