Archives du 16/12/2016

« Le réel irréel » 

le-reel-irreel-15-12-16_dh

(photo prise à Paris le 15 décembre. Cliquer pour agrandir)

L’inscription me parle, elle décolle du mur comme pour m’interpeller, c’est une question philosophique – je l’adresse aussi à Jean-Paul Galibert – elle a été tracée à la bombe de peinture il y a déjà plusieurs jours.

En traversant le pont de la rue Dieu (un signe divin ?), quand je la vois, je pense à la formule qui court sur Internet : IRL, c’est-à-dire « In the Real Life », et je me demande si sa traduction euphonique – ou euphorique ? – a été volontaire ou non.

Le réel se présente comme une apparence si l’on cherche derrière lui, ou à travers lui, une autre dimension que ce qu’il laisse (a)percevoir. Le réel, serait-ce le pur quotidien ou l’envers concret des choses ? Quand Georges Perec décrit celles-ci, c’est tout un arrière-plan qui se dessine et s’installe au-delà de la banalité recensée : le réel deviendrait ainsi un cache, un panneau coulissant, à la manière de celui de Jacques Lacan refoulant le tableau « défendu » de Gustave Courbet (1), qui laisserait entrevoir, sous certaines conditions, la « vraie » réalité, celle qu’il n’est pas soupçonnable de découvrir à moins d’une attention spéciale, aiguisée et volontaire.

Ainsi, le réel deviendrait irréel à cause d’un léger décalage : dans les mots, dans les accidents (au sens de « ce qui arrive » sans prévenir), dans l’épaisseur du mur que l’on transperce (comme le héros de Marcel Aymé) à partir d’un simple regard plus appuyé, d’une « vision » au sens presque mystique, cherchant à dérober ce qui est manifestement caché et attend pour cela son dévoilement un jour.

L’irréel ne saurait flotter dans l’inaccompli, l’insaisissable ou l’inexistence : il est la deuxième étape, le second degré auquel on peut accéder grâce à l’imagination – la folle du logis, la dingue de l’appartement, la siphonnée du cerveau.

L’irréel n’est pas un avatar du surréalisme, il est l’autre face du réel, son côté verso, sa place lumineuse ou sombre, l’espoir au lieu du désespoir, le noir soudain au milieu du jour pour nous rappeler la fragilité de celui-ci, les mouettes alignées en rangs d’oignons sur une passerelle jusqu’à ce qu’un passant d’humeur maligne les fasse s’envoler vers un horizon plus stable, plus solide, plus exact.

Dans l’irréel, le réel se dissimule à la remorque de son ire imprévisible.

_________________

(1) L’article reproduit de Jean-Paul Fargier confond (3ème §) un certain « André Cuny » avec l’acteur Alain Cuny. De quoi faire « amande » (sic) honorable (10ème §).

Tagué , , , , , ,