« Le réel irréel » 

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(photo prise à Paris le 15 décembre. Cliquer pour agrandir)

L’inscription me parle, elle décolle du mur comme pour m’interpeller, c’est une question philosophique – je l’adresse aussi à Jean-Paul Galibert – elle a été tracée à la bombe de peinture il y a déjà plusieurs jours.

En traversant le pont de la rue Dieu (un signe divin ?), quand je la vois, je pense à la formule qui court sur Internet : IRL, c’est-à-dire « In the Real Life », et je me demande si sa traduction euphonique – ou euphorique ? – a été volontaire ou non.

Le réel se présente comme une apparence si l’on cherche derrière lui, ou à travers lui, une autre dimension que ce qu’il laisse (a)percevoir. Le réel, serait-ce le pur quotidien ou l’envers concret des choses ? Quand Georges Perec décrit celles-ci, c’est tout un arrière-plan qui se dessine et s’installe au-delà de la banalité recensée : le réel deviendrait ainsi un cache, un panneau coulissant, à la manière de celui de Jacques Lacan refoulant le tableau « défendu » de Gustave Courbet (1), qui laisserait entrevoir, sous certaines conditions, la « vraie » réalité, celle qu’il n’est pas soupçonnable de découvrir à moins d’une attention spéciale, aiguisée et volontaire.

Ainsi, le réel deviendrait irréel à cause d’un léger décalage : dans les mots, dans les accidents (au sens de « ce qui arrive » sans prévenir), dans l’épaisseur du mur que l’on transperce (comme le héros de Marcel Aymé) à partir d’un simple regard plus appuyé, d’une « vision » au sens presque mystique, cherchant à dérober ce qui est manifestement caché et attend pour cela son dévoilement un jour.

L’irréel ne saurait flotter dans l’inaccompli, l’insaisissable ou l’inexistence : il est la deuxième étape, le second degré auquel on peut accéder grâce à l’imagination – la folle du logis, la dingue de l’appartement, la siphonnée du cerveau.

L’irréel n’est pas un avatar du surréalisme, il est l’autre face du réel, son côté verso, sa place lumineuse ou sombre, l’espoir au lieu du désespoir, le noir soudain au milieu du jour pour nous rappeler la fragilité de celui-ci, les mouettes alignées en rangs d’oignons sur une passerelle jusqu’à ce qu’un passant d’humeur maligne les fasse s’envoler vers un horizon plus stable, plus solide, plus exact.

Dans l’irréel, le réel se dissimule à la remorque de son ire imprévisible.

_________________

(1) L’article reproduit de Jean-Paul Fargier confond (3ème §) un certain « André Cuny » avec l’acteur Alain Cuny. De quoi faire « amande » (sic) honorable (10ème §).

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20 réflexions sur “« Le réel irréel » 

  1. brigetoun dit :

    lu lentement parce qu’encore pleine de sommeil
    et belle façon de rentrer dans le réel, via l’irréel – et de remettre en marche la pensée

  2. Alex dit :

    « La Vie est un Songe ». 1635, Pedro Calderón de la Barca, pièce de théâtre métaphysique.

  3. Bel encouragement à venir faire des graffitis le long du canal

  4. Alex dit :

    Tout est résumé en 2 mots par le graffiti, « réel irréel » !
    Un homme passe successive de la prison au trône, et vice et versa, à plusieurs reprises. Tout cela a cause d’un songe pris au pied de la lettre…

  5. Godart dit :

     » Pourquoi l’irréel, parce que le réel est périssable « . Je ne me souviens plus de l’auteur de cette phrase entendue. Roland Barthes aurait pu la dire.

    • @ Godart : « Il existe une date de péremption pour le réel. »
      (D.H., Œuvres complètes, tome 25, page 645, Éditions du goudron, 2016.)

      • Godart dit :

        Encore mieux que Google. Je m’incline respectueusement.

        @ Godart : « Une femme est une femme ». D.H.

  6. Alex dit :

    Les écrans de télévision, ordinateurs, smartphones, etc…matérialisent les ondes de la pensée, de la parole, de la couleur…etc….peut-être un jour les rêves les plus secrets !
    Nous entrons dans l’ère du virtuel, grâce auquel nous pourrons peu à peu prouver de la métaphysique.

  7. Francesca dit :

    J’ai dû relire l’article avant de repérer les bévues que tu cibles…
    Mon excuse : trois heures quinze passées en pleine nuit à regarder sur la 2 la retransmission du semi-opéra de Purcell  » The Indian queen », pur régal que l’on peut encore voir en Pluz.

  8. Arlette A dit :

    Antinomie, oxymore, la vie n’est belle que par ces décalages avec humour, j’adore..

  9. @ Arlette A : tant mieux !

  10. Le réel est-il derrière la porte?
    Les feuilles mortes en font-elles partie?
    Le réel est-il ce qui reste, et en quel sens l’entendre?
    Sans doute ne va-t-il pas sans quelque laideur, sans quelque inattention.
    C’est un peu ce qui déborde, ce qui excède: il est toujours un petit peu énervant.
    Il a en lui tellement de détails, et si peu de sens,
    qu’il se moque bien de nous,
    pauvres mortels

  11. @ Jean-Paul Galibert : une question en amène une autre et ainsi elles s’enchaînent et tournent comme sur un manège (méta)physique…
    Merci pour votre passage !

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