Archives du 28/12/2016

\\ Étalement de la peinture //

peinture-20-12-16_dh(photo : 20 décembre à Paris. Cliquer pour agrandir.)

Cette matière avait maintenant disparu de la circulation, on ne la trouvait plus que dans les sous-sols ou les anciens bâtiments ou quelques musées encore ouverts malgré la concurrence impitoyable d’Internet. Le progrès technique avait remplacé la peinture par une large palette de composants hybrides : les frères Ripolin avaient depuis longtemps pointé au chômage, ils en avaient eu finalement plein le dos, et les agences pour l’Emploi avaient toutes définitivement fermé, donnant ainsi l’exemple même de leur inanité. Les promesses électorales, voire les statistiques mensuelles plus ou moins gênantes, s’en étaient trouvées enfin débarrassées.

Il n’était plus possible de repeindre la façade d’une maison, le moindre meuble ou des chaises dépareillées. Tous les « encombrants » devaient prendre la direction des immenses déchèteries sur trois niveaux et fourniraient, après concassage, des granulats permettant d’assembler de nouveaux matériaux présentant une couleur unique : le marron, qui rappelait les arbres (les marronniers, surtout) et certaines de leurs feuilles en automne.

Pour tous les véhicules, à l’instar des « paquets neutres » de cigarettes, seule la teinte blanche était autorisée et fournie sur le territoire national par les constructeurs français ou étrangers. Ainsi l’inscription obligatoire en lettres capitales noires sur les portières n’était-elle plus un slogan subliminal destiné par la Sécurité routière aux conducteurs, mais était enfin nettement visible : « Conduire tue ».

Par ailleurs, afin d’éviter le moindre incident ou une mesquine polémique sur la couleur de la peau des Français, chaque citoyen devait s’enduire le visage, dès le matin, d’une « crème de jour » laiteuse qui tiendrait jusqu’au soir – mais dont il faudrait renouveler l’étalement en cas de sortie nocturne – ce qui mettrait ainsi toute le monde sur le même pied d’égalité.

Dans le gouvernement formé en mai 2017 par le Front national, c’est le ministre de l’Environnement et des Droits restrictifs qui avait été chargé de la mise en place de l’étincelant programme de « blanchiment » : en la circonstance, Auguste Céruse devait rapidement acquérir une certaine notoriété.

(Kraftwerk, Radioactivity)

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