Archives du 31/01/2017

OPA sur l’Opéra

opera-30-1-17_dh(Paris, 30 janvier. Cliquer sur la photo pour l’agrandir.)

Le « fantôme de l’Opéra » avait pu se carapater juste à temps : quelques jours plus tard, le bâtiment de la place du même nom à Paris (9e) avait été racheté pour devenir un très grand magasin de luxe à l’enseigne de Dior.

Il est vrai que ce lieu était plus fréquenté par les touristes que par les mélomanes. Et puis, pourquoi se déplacer, pénétrer dans cette sorte de gros gâteau affaissé là depuis que Garnier en fit un hôtel de musique garni, s’asseoir enfin pour écouter la énième Traviata ou voir s’épandre sur scène un Lac des cygnes pendant lequel on espérait en secret la détonation d’un fusil de chasse ?

Il suffisait de chercher une vidéo sur Google et le miracle s’accomplissait. Certes, disaient encore les puristes : « Avec votre ordinateur, vous perdez la présence physique des chanteurs ou des danseurs et un écran vous sépare de la réalité ! » Mais, répondiez-vous : « Pensez à tous ceux qui ne peuvent venir jusqu’à Paris ou doivent payer des tarifs exorbitants pour admirer des œuvres qui, la plupart du temps, sont désuètes et reflètent un art bourgeois désormais dépassé ! »

Un grand « capitaine d’industrie » avait compris que l’emplacement (à l’instar de la boutique Orange ou de l’Apple Store installées juste à côté dans des immeubles somptueux) jouait comme le contenu : il serait plus rentable de vendre les produits de la marque dans cet écrin doré que de diffuser à répétition, dans ce bunker modern style, les sérénades de Bizet ou les lamentations de Lucie de Lammermoor.

La police surveillait attentivement les promeneurs « louches » et acheteurs présumés qui s’aventuraient dans le nouveau saint des saints. Car un hold-up ferait fâcheusement tache dans la biographie de l’homme d’affaires Bernard Arnault, même s’il avait été, concernant certaines tentatives échafaudées, immédiatement mis  au parfum.

« L’affaire n’est pas encore dans le sac », avait d’ailleurs déclaré un scénariste de polar qui travaillait d’arrache-(mille)pied, depuis quelques mois, sur cette idée entêtante.

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