La maison aux prénoms

Ils sont alignés un peu comme sur une stèle ou un monument commémoratif : mais où donc êtes-vous partis ? Je me demande ce que vous devenez, même si je ne vous connais pas, et j’ignore qui a eu l’idée de peindre ainsi vos prénoms mélangés les uns aux autres, formant la colonne d’une même famille sans distinction d’origines ou autres différences.

Un jour, la maison sera démolie ou transformée en magasin snob de fringues à prix exorbitants, et vous, vous demeurerez dans l’ignorance de ce changement, vous avez peut-être vécu là durant quelques jours comme dans un squat ou un loft qui semble maintenant barricadé.

Depuis, vous avez sans doute quitté Paris, vous vous êtes disséminés « dans les quartiers » ou installés au cœur d’une autre ville, ou bien vous avez retrouvé ailleurs un pays peut-être plus accueillant ?

Ce jour-là, rue Jacques Louvel-Tessier (1924-1944), quand les bulldozers ou les entreprises du bâtiment auront fait leur office, il manquera sans doute un arc-en-ciel de couleurs.

prenoms-4-2-17_dh(Paris, 4 février. Cliquer pour agrandir.)

(Yussef Lateef, Yesterdays)

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23 réflexions sur “La maison aux prénoms

  1. brigetoun dit :

    oh quelle merveille cette maison, un sourire dans la rue, dans la ville… des couleurs qui se heurtent harmonieusement
    et une superbe exécution

  2. @ brigetoun : je ne sais combien de temps elle résistera… 🙂

  3. Arlette A dit :

    Merveille il restera une photo ou peinture et peut être même roman

  4. Alex dit :

    Petite maison d’un individualiste – non, la société actuelle n’en veut pas – l’uniformité doit régner – elle veut un triste immeuble anonyme – avec un magasin bidon de fringues hors de prix qu’on ne voit jamais sur personne.

    • @ Alex : vu le nombre de boutiques de vêtements qui ont chassé tous les autres commerces, dans certaines rues de Paris, on suppose que certains s’habillent là…

      • Alex dit :

        Ces boutiques en réalité font partie de chaînes domiciliées à l’étranger qui veulent simplement une adresse Paris sur l’étiquette, ce qui fait assurément vendre ailleurs.

        @ Alex : surtout quand c’est fabriqué en Chine ou en Inde. 😉 D.H.

  5. Godart dit :

    Miracle des grandes villes où l’art est dans la rue. Processus continuel et irréversible, l’optimisme est dans la couleur et la création populaire.

  6. Francesca dit :

    Quel joli coin, tout coloré et plein de souvenirs de ceux qui ont sans doute vécu là !
    Si l’on consulte la rue et la carte en « street view », on voit d’autres dessins tout aussi joyeusement colorés, mais différents ; sans les prénoms…
    On soupçonne que la petite porte du portail, bloquée par une poubelle, ouvre sur une impasse arborée encore habitée, mais on ne sait quel état précède l’autre.
    Peut-être tout se transforme-t-il sans arrêt et faudrait-il en faire comme Georges Perec une « tentative d’épuisement d’un lieu parisien »…

    • @ Francesca : la liste des prénoms est longue (j’avais entrepris de la recopier pour celles ou ceux qui n’agrandissent pas les photos…), mais c’était – un tout petit peu – « épuisant ».
      Celle liste, je ne l’ai vue que récemment : effectivement, elle comporte en son genre un aspect assez « perequien » ! 😉

  7. PdB dit :

    les peintures ici sont destinées, comme sur le mur de la rue Allibert parallèle toute proche (je crois bien qu’il s’agit de la même association), à être éphémères… on les admire toujours… (le garçon qui passe, bord cadre sous sa capuche en bas, on dirait mon gendre dis donc…)

    • @ PdB : il faut saisir l’éphémère – selon les éphémérides disponibles…
      Si j’ai « saisi » par hasard ton gendre sous la pluie, il n’est heureusement pas trop reconnaissable sous sa capuche pro-discrétion ! 🙂

  8. Aurélie dit :

    Sa disparition ne me fait pas peur.
    L’histoire nous a appris que pour se projeter dans l’avenir il est bien de céder une part matérielle déchue pour se donner une meilleure vie : du rose dans le ciel, des femmes en robes, des hommes contents, un parterre de fleurs… L’art de l’éphémère enseigne l’éternelle jeunesse d’une idée.

  9. @ Aurélie : Non, c’était un simple jeu de mot sur « éphéméride » : les concepts sont aussi calendaires… °/°

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