Théâtre « providentiel »

Le dimanche 12 mars, c’était le jour de la dernière représentation de la pièce de théâtre Providence, aux Bouffes du Nord à Paris, avec une mise en scène de Ludovic Lagarde, tirée du roman éponyme d’Olivier Cadiot (P.O.L, janvier 2015), et l’implication de ce formidable acteur qu’est Laurent Poitrenaux.

Déjà, la salle du théâtre, inchangée, circulaire et décatie, protège le spectateur et l’invite à se laisser aller dans un univers autre, dérangeant et pourtant légèrement familier avec l’invasion insidieuse de la cybernétique.

L’acteur multiforme, protéiforme – il entamera le dialogue avec son double en vidéo – parcourt un certain nombre de situations désopilantes, désabusées ou désastreuses. Ses souvenirs ou ses prédictions résonnent à partir des bandes magnétiques d’antiques magnétophones diffusant un son « quadriphonique » (informatique musicale de l’Ircam) quand c’était encore la mode.

La musique joue son rôle à la perfection dans la « performance » de Laurent Poitrenaux (déjà admiré au festival d’Avignon en 2011 dans Jan Karkski d’après le roman de Yannick Haenel). Elle intervient en tant que réplique(s) au monologue du personnage qu’elle rapproche ou distance soudain de nous.

La vidéo n’est pas utilisée ici en tant que simple accessoire de décor (défilé de paysages en arrière-plans ou compilation d’extraits d’actualité, comme souvent), mais au contraire produit une intervention permanente et synchronisée à la seconde près dans le cours du spectacle. Un simple geste de l’acteur suffit, comme pour les nappes sonores, à la faire apparaître ou disparaître à son tour.

L’ensemble de la pièce est une réussite impressionnante. On est content de voir à la fin de la représentation Olivier Cadiot et Ludovic Lagarde, avec les techniciens, monter sur scène pour rejoindre Laurent Poitrenaux, leur porte-parole et collaborateur inséparable.

Providence apparaît alors comme une œuvre collective à la singularité spéculaire dont on aurait presque l’impression d’avoir fait partie durant un peu plus d’une heure trente – finalement si courte.

(scan et photos : cliquer pour agrandir.)

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8 réflexions sur “Théâtre « providentiel »

  1. brigetoun dit :

    Cadiot, Poitrenaux (toujours) et Lagarde – suis heureuse pour vous 🙂
    et dans l’écrin à la décrépitude soigneusement entretenue et à l’ambiance vive et détendue des Bouffes en plus

  2. MyoPaname dit :

    J’aime ce théâtre… resté dans son jus, décalé… avec ce magnétisme comme l’aurait une personne😉
    J’ose dire que cette pièce semble complexe à l’image de notre société…

  3. @ MyoPaname : ce n’est pas du théâtre « engagé », mais du théâtre qui « engage »… 🙂

  4. Godart dit :

    Mention spéciale à votre « singularité spéculaire ». Manière de booster mes neurones endimanchés.

  5. @ Godart : une sorte de « selfie » littéraire… j’avais lu ce livre-là et j’en ai gardé la connaissance de l’adjectif. 🙂

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