Un saut de puce à Pigalle [2/3]

Ces trémulations, sifflements, grincements, basculements, bousculades, tangages, virages, arrêts imprévus (« veuillez patienter quelques instants, nous allons bientôt repartir »), ce serpent caparaçonné qui navigue entre des arches métalliques à la Gustave Eiffel avec leurs gros boulons rassurants, ce chemin de traverse ou de travers qui surplombe bus, voitures et passants au compte-goutte, tout créée ici rythme, emballement, surgissement, comme le sang qui circule dans nos artères (l’autre nom des avenues) : nous voguons pour un moment dans les airs, nous frôlons d’autres humains en bas mais séparés de nous par des vitres un peu sales, nous sommes en retrait, à distance, le « plafond de verre » est parallèle à eux tous, nous les observons dans l’anonymat d’un voyeurisme soft et simplement curieux, ils vont leur vie, nous allons la nôtre, jamais nous ne les stopperons dans leur déambulation à la destination inconnue.

Et ensuite, une fois descendus du scenic railway à la station Pigalle, nous les croiserons sans surprise, sur le trottoir où l’on trotte gentiment, avec juste un regard parfois échangé et c’est terminé, nous ne les verrons plus jamais, au grand jamais.

L’existence est un carrefour ambulatoire, circulatoire, au désespoir inclus : le signal d’alarme est hors de portée, sauf peut-être musicale.

(photos : cliquer pour agrandir.)

(Duke Ellington, It don’t mean a thing)

[ ☛ à suivre ]

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31 réflexions sur “Un saut de puce à Pigalle [2/3]

  1. Le changement d’heure a faillit nous priver de Duke et de votre partie de cache-cache avec les « gros boulons rassurants ». Encore un dommage collatéral de cette mesure obsolète difficile à gérer chaque année !

    • @ mchristinegrimard : oui, c’est bizarre que WordPress ne fasse pas ce changement automatiquement, comme sur les Mac, par exemple.
      Duke aura échappé finalement à la guillotine horaire, « hors saison » depuis un certain nombre d’années !
      Merci pour votre passage « just in time »… 🙂

  2. Belles colors entre les boulons

  3. @ mchristinegrimard : oui, c’est bizarre que WordPress ne fasse pas ce changement automatiquement, comme sur les Mac, par exemple.
    Duke aura échappé finalement à la guillotine horaire « hors saison » depuis un certain nombre d’années !
    Merci pour votre passage « just in time »… 🙂

  4. Alex dit :

    Cette phrase de dix lignes où les mots affluent et se bousculent presque, est à l’image de cette foule incessante qui arpente, qui roule comme le chantait Piaf, les trottoirs de Pigalle.
    Tati demeure, où se précipitaient toutes les Parisiennes pour chiffonner à moindre coût, jusqu’à l’attentat à la bombe au magasin de Montparnasse.

  5. Alex dit :

    J’attends encore l’homme providentiel politique qui remettra les pendules à l’heure, – le soleil au zénith, l’horloge à midi juste ! Pas étonnant qu’on marche depuis sur la tête.

  6. Alex dit :

    Nouvelle affaire, celle des montres ! Comme le faisait remarquer dans « on n’est pas couché » d’hier, on reste toujours dans la gamme des 50 000.

  7. Francesca dit :

    Que Tati n’ait plus de succès en ces temps difficiles où les moins riches ne peuvent acheter que là, voilà qui questionne sur l’Economie… à laquelle je ne comprendrai jamais rien !

  8. brigetoun dit :

    m’étais absentée presque trop longtemps (presque puisque voilà que j’ai pu continuer le trajet au dessus du boulevard)
    découvre le Bigbus et sa couleur de chocolat un peu tourné

  9. Godart dit :

    Très belle description de la machine métro. Tour de passe-passe ou l’observateur observant redevient piéton pour être observé à son tour.

  10. PdB dit :

    Ces hommes qui aiment les montres (il y avait l’aigle de Meaux -aka JFC- ou jean françois coppé (la piscine) plus prosaïquement qui en abusait aussi) (on se souvient de la saillie des 50 ans du publiciste qui préférait que sa mère pensât qu’il oeuvrait dans un lupanar plutôt que dans la publicité : son cynisme odieux dépeignait sa réalité) et les costumes coupés à leur mesure : ça ne veut rien dire s’ils ne tiennent pas le rythme… Heureusement, il existe de vrais Duke et de vrais Count (sans compter les Bird ou autres Dizzie…)

    • @ PdB : On espère que pour le prix, les montres de Fillon se mettent automatiquement à l’heure d’été ou d’hiver (c’est pratique pour ne pas rater les rendez-vous au Parquet national financier)… 😉

  11. Si le signal d’alarme est hors de portée, l’évasion, elle, est toujours au coin de la rue (la rue Duperré, bien sûr)

  12. Arlette A dit :

    Comme dans un film de science-fiction j’adore cette belle observation d’un quotidien reel

  13. a.pierrot dit :

    Pas « boulons », des « rivets » qui impliquent une toute autre histoire ouvrière, sans tarauds, filetages, écrous et clés à la Chaplin des Temps modernes…

    Les rivets sont de tradition maritime, sinon forgeronne, à la masse, souvent avec deux ouvriers séparés par la tôle à fixer, au rythme des coups qui serrent à jamais les têtes opposées.

    Probable que notre ami François Bon, avec sa mémoire d’ouvroirs métallurgistes aurait à nous en dire plus ?

  14. nanamarton dit :

    Belle envolée finale, encore renforcée par la vue des arches aux faux airs de potence, en ce jour de « guillotine horaire »… Cioran pas mort 😉 !

  15. @ nanamarton : ces changements d’heures sont inutiles et mauvais sur le plan biologique…
    Mais « conserver » (à tout prix) est bien le maître-mot de certains de nos politiciens sans complexes, complets, ou remords ! 🙂

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