Mini-vrac du dimanche 2 avril (3/3)

Plaisir, au hasard d’un carrefour, de me retrouver comme transporté au dix-neuvième siècle, par un coup de baguette magique, dans la rue Rémy de Gourmont : cette jolie butte Bergeyre est vraiment littéraire !

En rentrant, j’ai ressorti de son étagère « Le Joujou patriotisme » (paru dans Le Mercure de France, 1891) et j’en recopie le passage ci-dessous :

« Dépurons-nous de ces humeurs ; prenons quelques pilules de dédain qui fassent issir par les voies naturelles ce virus nouveau, dénommé : Patriotisme.
Nouveau, oui, sous la forme épaisse qu’il assume depuis vingt ans, car son vrai nom est vanité : nous sommes la civilisation, les Allemands sont la barbarie..
Oh !
On ne peut, il est vrai, nous dénier une littérature et un art supérieurs à la littérature et à l’art allemands ; mais cet art même et cette littérature, demeurés tous cénaculaires, sont inconnus à nos derviches hurleurs, et de ceux d’entre eux qui les soupçonnent, méprisés : ce qu’on en montre dans les journaux et dans les expositions devrait, au contraire, nous engager vers une certaine modestie. Quelle fierté les patriotes ont-ils jamais tirée des œuvres de, par exemple, Villiers de l’Isle-Adam ? Soupçonnaient-ils son existence, alors que le roi de Bavière l’accueillait et l’aimait ? Ont-ils subventionné Laforgue, qui ne trouva qu’à Berlin la nourriture nécessaire à la fabrication de ses chefs-d’œuvre d’ironie tendre ? Et pour ne citer qu’un seul nom d’artiste, est-ce par les patriotes que sont achetées les lithographies de Redon, dont les admirateurs sont presque tous scandinaves et germains ? Il y a un patriotisme à la portée de tous ceux qui possèdent trois francs cinquante, c’est d’acheter les livres des hommes de talent et de ne pas les laisser mourir de misère. »

(Jean-Jacques Pauvert éditeur, collection « Libertés » N° 53, 1967, pages 62 et 63, achevé d’imprimer le 10 mars 1967, d’après une maquette de Pierre Faucheux, sur les presses de l’imprimerie Bosch à Utrecht, Hollande.)

(photos : cliquer pour agrandir.)

(Count Basie, Good Time Blues)

[ ☛ FIN ]

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28 réflexions sur “Mini-vrac du dimanche 2 avril (3/3)

  1. brigetoun dit :

    saveur de la préciosité et force de la lucidité de Rémy de G
    et saveur de quelques-unes des façades de ce début du siècle précédent, dans les rues tranquilles de ce village haut perché

  2. @ brigetoun : merci pour votre passage quotidien. Il faut espérer que ce « village » restera tranquillement blotti là, sans bitume ni magasins de fringues… 🙂

  3. Arlette A dit :

    Ne connais pas. Merci pour vos billets… intéressants, n’ose vous dire… intelligents

  4. C’est vrai que ça ressemble à un village, comme à certaines rues dans le quartier Montsouris du XIV, belle promenade. Lecture édifiante aussi

  5. @ colorsandpastels : mais je n’ai pas une valise de billets à aller déposer dans un lieu précis… 😉

  6. PdB dit :

    (diplomatique ta valise) le « à portée de toux » de RdG est vraiment extra (la 204 orange c’est typique du lieu) (rue Barrelet de Ricou, vois-je et me précipité-je pour trouver « ancien directeur de la Lloyd’s bank » oh so nice…!) (et encore merci pour ce blues du bon (vieux) temps…

  7. Alex dit :

    Merci de nous promener dans le Paris fin de siècle, avec Rémy de Gourmont, où foisonnaient les gens de lettres et les artistes !
    Odilon Redon, j’adore. Les amateurs d’art n’ont pas le même goût dans le nord ou le sud de l’Europe.
    Déjà, au XVIème siècle, François 1er a voulu créer une Renaissance typiquement française, moins architecturale que l’italienne et plus amoureuse de la nature, qu’il a confiée au peintre Jean Cousin, le directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de l’époque. D’où Fontainebleau.

  8. Alex dit :

    Le débat télévisé, hier, entre les 11 candidats à la présidence : le mot patriotisme à été souvent utilisé, même claironné, par la majorité des candidats, (inversement au mot culture, prononcé timidement 1fois ou 2) – espérons qu’on ne nous concocte pas une 3ème guerre mondiale.

    • @ Alex : ce texte avait été recopié hier après-midi.
      Mais le « petit candidat » Philippe Poutou a été très bien !!! 😉

      • Alex dit :

        …et Nathalie Arthaud, courageusement seule face à la meute méprisante, prête à la dévorer !
        Elle a raison, être pauvre en franc ou en euro, c’est du pareil au même.

      • Francesca dit :

        Ah oui alors ! Arthaud, Mélenchon et lui ont bien balancé la vérité crue au nez des droitiers, extrêmes ou non, dont l’amateur de costards chics qui confond T-shirt et Marcel…

  9. @ Alex : oui, les deux seuls candidats « hors-normes » car osant parler de « grand capital » et de « classe ouvrière » (pouah !)… 😉

  10. Je ne parle jamais de politique. Mais je note, tout de même, la présence de cette Peugeot 204 à la couleur très engagée, tout en étant française et fort bien conservée…

    • @ Nicolas Bleusher : Si tu ne t’intéresse pas à elle, la politique s’intéresse à toi… Pour la Peugeot, je pense qu’il s’agit plutôt d’une 304 (elle est un peu plus grande).
      Merci pour ta visite renouvelée ! 😉

      • J’ai hésité entre les deux modèles. Comme beaucoup.

        @ Niicolas Bleusher : l’essentiel est de ne pas stationner trop longtemps dans le coin, véritable forêt de panneaux « Enlèvement demandé »… 😉 D.H.

  11. Alex dit :

    Évoqués tout de même hier, la présomption d’innocence avec le fondement de l’état de droit, les prémices de la Sécurité Sociale avec les soins gratuits de l’Etat pour les démunis et le premier hôpital public date de Saint Louis.
    Une longue histoire.
    Espérons que les pourfendeurs de la sécurité sociale ne vont pas pulvériser d’un revers de main sept à huit siècles d’acquis.

    • @ Alex : si vous faites allusion à l’hôpital Saint-Louis (que je connais bien), il a été fondé par Henri IV.
      Il serait étonnant que l’on démantèle ouvertement la Sécurité sociale en France sans que « le peuple » (objet de toutes les attentions de nos candidats) descende dans la rue.
      Fillon pourra prendre ses jambes, le cas échéant, à son cou : Macron idem ou la fille Le Pen. 😉

      • Alex dit :

        L’Hôtel-Dieu de Paris a été fondé en 651. Je pense que auparavant les hôpitaux étaient des initiatives privées, en charge des corporations et des communautés religieuses, et la nouveauté à du être que l’Etat s’en charge également.
        Mais je ne saurais situer ce premier hôpital public, ouvert à tous.

  12. @ Alex : « Hôtel-Dieu »… « Hôtel de police »… « Hôtel des impôts »… : ils ne sont pas vraiment menacés par Airbnb ! 🙂

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