Archives du 07/04/2017

Circulatoire [1/2]

« Le tiers livre et scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de « vases communicants » : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement. Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

La liste des participants de ce vendredi 7 avril 2017  est établie par Marie-Noëlle Bertrand.

J’ai le grand plaisir de publier ci-dessous le texte de lan lan huê tandis qu’elle m’accueille en retour, si aimablement, sur son blog rencontres improbables

Nous avons échangé deux photos qui présentaient – fortuitement – une certaine ressemblance et inventé un texte à partir de chacune d’elles, avec le titre commun : « Circulatoire ».

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Circulatoire

(cliquer pour agrandir l’image.)

La rue est sombre. Tout contre elle, dans l’eau, des ronds, des ronds qui s’élargissent vers la berge. Le canal St Martin toujours imperturbable voit ses mouettes et leurs vols dans le ciel, en ronds aussi, encore et toujours, inlassablement. Ailes blanches. Criées maritimes en pleine terre ici au cœur de Paris. Îlots nature en plein bitume qui déplacent la vie. Et la vie défile. Sur les trottoirs, des rires, des bruits, des conversations, c’est la rumeur du monde, elle monte, monte, et éparpille ses phrases dans le ciel. J’ai tendu l’oreille. Ce sont de petits bruits qui, tous les matins, tournoient, circulatoires, dans les veinules habitudes de l’éveil-matin. Il faut juste imaginer des cercles. Qui s’imbriquent, se distendent puis disparaissent, allant de l’un à l’autre. Etranges présences qui élargissent le paysage. Mais qu’est-ce donc ? Voilà que chez les voisins, quelque chose aussi bouge, des lumières s’allument. J’entends Chopin, est-ce chez eux ? Le jour se lève. A droite, à gauche, je regarde, j’accommode. On m’a repeint en noir, je suis devenu lunettes sur le monde. Resterai-je là ainsi, oublié des passants ? J’ai beau cligner des yeux. Nul ne lève la tête. Nul ne me voit. Nul ne m’observe, moi, le balcon, rambarde ouvragée, histoire de Paris. Mais que regardent-ils donc tous ainsi ? J’ai suivi la direction de leurs yeux et n’ai trouvé sur leur chemin que l’écran qui miroite dans leurs mains. Sonnerie. Réveil. Se lève la lumière du jour. Eblouissante blancheur. Elle m’enveloppe. Et diffuse. Ses feuillages matin.

texte : lan lan huê

photo : Dominique Hasselmann

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