Archives du 05/05/2017

« Wozzeck » : et la mise en scène avec la musique opéra

La grande salle de l’Opéra-Bastille, à Paris, demeure toujours aussi vertigineuse pour peu qu’on soit placé dans les hauteurs. Certains spectateurs ont même sorti leurs jumelles de théâtre, ce mardi 2 mai (fin des représentations le 15 mai).

Alors, Wozzeck : il s’agit de l’œuvre célèbre d’Alban Berg (1925), d’après le livret de Georg Büchner, et d’un spectacle qui fut interdit par les nazis avant de pouvoir rayonner plus tard dans le monde.

La mise en scène est de Christoph Marthaler qui a su, dans le décor vaste et coloré (et éclairé si subtilement) d’une sorte d’immense cantine militaire, bordée d’aires de jeux pour enfants, donner toute sa puissance à « l’histoire du soldat » qui en vient à tuer sa maîtresse, jouet-toupie d’un contexte social déterminé qui préfigure un certain maelström politique.

Musicalement, Alban Berg est un précurseur puisqu’il joue de l’atonalité pour accentuer le caractère dramatique de l’histoire : l’orchestre, dirigé ici par Michael Schønwandt, étincelle de ses trombones, violons, percussions… et porte les chanteurs au plus fort degré de leurs rôles.

Ce spectacle éblouissant dure une heure quarante-cinq minutes, sans entracte. Pourtant, jamais il ne paraît long ou ennuyeux : on lit facilement les sous-titres en français et en anglais sur un grand écran (et deux plus petits pour les spectateurs d’en bas) qui surplombe la scène, et on s’habitue très vite à suivre dans le même temps la traduction de l’allemand pour les « paroles chantées ».

La scène finale – les enfants assis à des tables, immobiles et silencieux, tandis que la musique se déploie seule comme une dernière fatalité enveloppante – est sublime.

Ce « classique », pourtant moderne, de l’opéra garde une fraîcheur, une intensité, une évidence musicale et théâtrale qui, si j’ose dire, laissent sans voix.

C’est ainsi que l’art peut dépasser toute mesure.

(photos : cliquer pour être au diapason.)

(Alban Berg, Wozzeck, extrait, Frankfurtermuseum Orchestra, Sylvain Cambreling, 2007)

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