« Wozzeck » : et la mise en scène avec la musique opéra

La grande salle de l’Opéra-Bastille, à Paris, demeure toujours aussi vertigineuse pour peu qu’on soit placé dans les hauteurs. Certains spectateurs ont même sorti leurs jumelles de théâtre, ce mardi 2 mai (fin des représentations le 15 mai).

Alors, Wozzeck : il s’agit de l’œuvre célèbre d’Alban Berg (1925), d’après le livret de Georg Büchner, et d’un spectacle qui fut interdit par les nazis avant de pouvoir rayonner plus tard dans le monde.

La mise en scène est de Christoph Marthaler qui a su, dans le décor vaste et coloré (et éclairé si subtilement) d’une sorte d’immense cantine militaire, bordée d’aires de jeux pour enfants, donner toute sa puissance à « l’histoire du soldat » qui en vient à tuer sa maîtresse, jouet-toupie d’un contexte social déterminé qui préfigure un certain maelström politique.

Musicalement, Alban Berg est un précurseur puisqu’il joue de l’atonalité pour accentuer le caractère dramatique de l’histoire : l’orchestre, dirigé ici par Michael Schønwandt, étincelle de ses trombones, violons, percussions… et porte les chanteurs au plus fort degré de leurs rôles.

Ce spectacle éblouissant dure une heure quarante-cinq minutes, sans entracte. Pourtant, jamais il ne paraît long ou ennuyeux : on lit facilement les sous-titres en français et en anglais sur un grand écran (et deux plus petits pour les spectateurs d’en bas) qui surplombe la scène, et on s’habitue très vite à suivre dans le même temps la traduction de l’allemand pour les « paroles chantées ».

La scène finale – les enfants assis à des tables, immobiles et silencieux, tandis que la musique se déploie seule comme une dernière fatalité enveloppante – est sublime.

Ce « classique », pourtant moderne, de l’opéra garde une fraîcheur, une intensité, une évidence musicale et théâtrale qui, si j’ose dire, laissent sans voix.

C’est ainsi que l’art peut dépasser toute mesure.

(photos : cliquer pour être au diapason.)

(Alban Berg, Wozzeck, extrait, Frankfurtermuseum Orchestra, Sylvain Cambreling, 2007)

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13 réflexions sur “« Wozzeck » : et la mise en scène avec la musique opéra

  1. brigetoun dit :

    oh que je regrette de n’avoir pas été dans un coin de la salle même très haut et très loin, quoique… Berg et Marthaler (surtout si chanteurs étaient, comme le pense, à la hauteur) !
    beaux les deux jeunes photographes-touristes

  2. @ brigetoun : la musique (car excellente acoustique, ici) ne se souciait d’aucune distance… 🙂

  3. Francesca dit :

    Merveilleux souvenir d’une production allemande de Wozzeck en 1985 à l’Opéra Garnier ! J’ai la mise en scène frappante en mémoire, mais pas le nom du chanteur du rôle titre pourtant extraordinaire.

    • @ Francesca : on doit pouvoir le retrouver sur Internet… 🙂
      – En attendant, une interview du chef d’orchestre (il faut que je remette son ø à Michael Schønwandt !)
      – Opéra Garnier 1985 : il s’agissait de Peter Gottlieb (pour le rôle de Wozzeck).

      • Francesca dit :

        Ah mais oui ! Merci d’avoir cherché et ça me revient : j’avais emmené mon fils pour son anniversaire et ça nous avait fait rire en pensant aux Dingodossiers de Marcel…

        @francesca : il est vrai que ce Gotlib-là avait légèrement redessiné son nom… 😉 D.H.

  4. Arlette A dit :

    Pourquoi ai-je toujours cru que cet opéra était trop difficile ? Merci de votre enthousiasme

  5. PdB dit :

    merci de nous faire partager ce spectacle (apparemment magnifique…)

  6. Alex dit :

    De la musique avant toute chose,
    Et pour cela préfère l’Impair
    Plus vague et plus soluble dans l’air,
    Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

    Il faut aussi que tu n’ailles point
    Choisir tes mots sans quelque méprise :
    Rien de plus cher que la chanson grise
    Où l’Indécis au Précis se joint.

    Car nous voulons la Nuance encor,
    Pas la Couleur, rien que la nuance !
    Oh ! la nuance seule fiance
    Le rêve au rêve et la flûte au cor !

    Paul Verlaine – L’art poétique –

  7. Je laisse ici mon propre papier sur le même opéra monté par le même metteur en scène, sur anthropia # blog en 2009, même impression que vous, Dominique. Etait-ce la même distribution ?

    « Réminiscence du Wozzeck, partition et livret d’Alban Berg, d’après le bouleversant Woyzek, de Georg Büchner, pièce de théâtre, jamais finie, vue à Vienne par Alban Berg en 1914 ; l’opéra a été composé après la première guerre et monté en 1925 à Berlin.

    Je l’ai vu, il y a quelques semaines à l’Opéra de Paris, suis sortie en miettes. Là, pas de facilité, pas de schubertinade, une maîtrise des passacaille et rhapsodie, mises au service d’un drame déchirant. L’histoire d’un soldat un peu dérangé, qui arrondit ses fins de mois en travaillant à côté, il se fait barbier pour son capitaine, devient cobaye pour un psychiatre un peu fou, tout ça pour donner quelques sous à sa compagne, avec qui il a un enfant. Mais Marie est volage, se laisse conquérir par un Tambour-major, attrait de l’uniforme, du mâle tout dehors. Wozzeck, qui ne voulait pas voir, lit sa déchéance d’homme trompé dans les yeux de l’officier et du médecin, et passe à l’acte. Un soir de lune rouge, il tue sa femme.

    C’est invraisemblable de voir comment, au début du XXème siècle, ces artistes avaient déjà l’intuition d’une société malade. La mise en scène de Christoph Marthaler est juste. Et Vincent le Texier, Wozzeck, troublant. La cantatrice aussi, Marie, Waltraud Meier. »

  8. @ Christine Simon :

    • Wozzeck : Johannes Martinn Kränzle ;
    • Andrès : Nicky Spence ;
    • Hauptmann : Stephan Rügamer ;
    • Marie : Gun-Brit Barkmin ;
    • Margret : Eve-Maud Hubeaux. (…)

    Merci pour votre commentaire et votre analyse : un opéra en effet très fort, avec le même metteur en scène et la même musique…, et qui navigue par-delà les décennies… 🙂

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