Archives du 07/05/2017

Dans la boîte par la fente ad hoc

Elle avait suivi un régime amaigrissant, afin de pouvoir rentrer facilement dans la boîte par la fente ad hoc. Ses cheveux avaient été soigneusement reteints dans une couleur qui semblait plus naturelle : quelques liserés bruns et vert-de-gris la rendaient moins éclatante sur le fond bleu marine de son ciel de lit.

Ses talons aiguilles, sur lesquels elle trébuchait de temps à autre (et qui la supportaient lors des ses innombrables « plateaux » télé), elle les avait troqués contre des bottes en cuir marron avec une marque argentée en forme de croix.

Son garde du corps, colosse trop voyant payé comme un « assistant parlementaire » à Bruxelles, avait été opportunément renvoyé dans une société de transport de fonds dont les camions circulaient sans logo distinctif sur la carrosserie (Brinks et Brexit, on aurait pu confondre).

Son discours avait été relu et châtié (à la schlague) par de soi-disants experts en communication : « immigrés » avait été remplacé par « personnes venues d’ailleurs » (malgré l’aspect SF de la formule), « rétablissement des frontières » par « installation d’octrois sécuritaires », « Europe » par « Salope », « islamisme fondamentaliste » par « religion exogène à toutes nos traditions séculaires », « cathédrale de Reims » par « lieu de culte angélique et obligatoire pour tous les Français sans exception », « Travail, Famille, Patrie » par « Patrie, Famille, Travail », « avortement » par « manœuvre, à prendre avec des pincettes, orchestrée par des féministes hystériques, », « loi des banques » par « emprise insupportable des organismes de prêts nationaux », « Russie » par « Grande nation irréprochable concernant les Droits de l’Homme et du citoyen »… la liste était longue, comme à l’époque de la parution du livre de Viktor Klemperer (1).

Au sortir de l’urne, où elle avait mariné tout un dimanche, la candidate de la remise de la France « en ordre » (« Alles ist in Ordnung ! ») et de la pétainisation insidieuse des esprits, avait reçu comme une claque, façon « aller-retour », dans la figure : les Français, en majorité, l’avaient finalement renvoyée en direction de sa modeste résidence de Montretout, à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), dans la cave de laquelle elle s’enferma alors pour lire Les Décombres de Lucien Rebatet – elle avait été malheureusement trop occupée jusqu’à présent pour pouvoir se lancer dans une telle découverte littéraire.

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(1) Viktor Klemperer, LTI, « Lingua Tertii Imperii », Notizbuch eines Philologen 1947 : « La langue du Troisième Reich », Albin Michel 1996, traduction par Elisabeth Guillot.
Relire aussi Eric Hazan, LQR, La Propagande du quotidien, Raisons d’agir Éditions, février 2006.

(Paris, rue du Château d’eau, 10e, 5 mai. Cliquer pour agrandir.)

(Woody Guthrie, Tear the fascists down)

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