Archives du 20/01/2018

Jeux de Bâle (13)

Avant de se laisser entraîner dans les rouages, sonores et délicats, des œuvres de Jean Tinguely, juste un flash-back vers Marc Chagall.

J’ai lu hier le livre que lui avait consacré son fils David McNeil, intitulé Quelques pas dans les pas d’un ange (Gallimard, 2003), une suite en découpages de souvenirs émouvants dont j’extrais ci-dessous un des passages :

« Parfois, on traversait la Seine vers la rue des Rosiers, il aimait la viande fumée et les malosols, toutes ces choses qu’on mange en Europe centrale et qu’on peut trouver là, mais d’après lui il n’y avait que Benny’s à Brooklyn, et Brooklyn ça faisait un peu loin. Alors on allait dans un bistrot populaire rue Saint-Louis-en-l’Île, fréquenté surtout par des ouvriers, qui faisait un plat du jour toujours très correct, mais jamais il n’aurait osé l’emmener Elle dans un tel endroit. C’était plein à craquer, des maçons, des peintres en salopettes prenaient le pousse-café au comptoir où nous attendions que se libère une place. Le menu était affiché à la craie sur un des miroirs, ce jour-là c’était une blanquette de veau. Papa portait une veste en velours et un béret serré comme celui d’Auguste avec bien évidemment une chemise à carreaux. On ne dépareillait pas du tout dans le restaurant où, très vite, on avait réussi à s’asseoir. Les deux ouvriers à la table à côté ont regardé les mains de papa, tachées de couleurs diverses, ces mains dont il disait souvent qu’elles avaient été imprégnées jusqu’à l’os. Il avait alors plus de soixante-dix ans, mais avec son allure énergique et l’impression de puissance qui émanait de lui, il pouvait très bien passer pour un peintre en bâtiment.

– Vous avez un chantier dans le coin ? », demanda l’un d’eux.

– Je refais un plafond à l’Opéra », répondit mon père, attaquant son œuf dur mayonnaise. »

(Folio, juin 2017, numéro 4183, pages 107-108.)

Le musée Tinguely, dont l’architecte est Mario Botta, a été inauguré en 1996. C’est un très bel ensemble, où l’on monte et descend et d’où l’on aperçoit le paysage environnant : le Rhin avec ses péniches, le carrefour routier avec ses voitures-machines.

Il reste ici quelques traces d’une expo temporaire de Wim Delvoye, venant de se terminer, et qui s’harmonisent, comme par un fait exprès, avec toutes les installations fixes ou animées de Jean Tinguely. En voici donc quelques aperçus…

(Jean Tinguely avec Yves Klein, 1958.)

(Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle, 1967.)

(Toutes les photos peuvent être agrandies.)

(Art Farmer, Alfie)

[ ☛ à suivre ]

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