Archives du 30/01/2018

Jean Fautrier, la rétrospective éclairante =2=

Il ne s’agit pas d’un labyrinthe obscur, l’expo nous prend par la main et par les yeux et nous suivons la progression du réalisme de la représentation aux paysages petit à petit transformés (« Glacier », « Forêt ») par quelqu’un qui aimait aussi la haute montagne.

Au fur et à mesure que Jean Fautrier peint, il se débarrasse (comme de vêtements trop serrés) des « règles de l’art » et se coltine avec la peinture elle-même qui s’attache à ses doigts. La « matière » devient première, elle n’est plus au service d’une « vue » mais fabrique elle-même son objet – et l’objet est-il autre chose que matériau ?

Dans son itinéraire, Jean Fautrier commence à être reconnu et aimé : il côtoie Jean Paulhan, René Char, Francis Ponge, Paul Éluard, André Malraux… La Résistance est proche.

En 1941-1942, il illustre deux livres de Georges Bataille, Madame Edwarda et L’Alleluia : ses dessins, notamment, furent exposés au château de Sceaux du 12 septembre au 14 décembre 2014 (c’est après avoir écrit trois articles sur cette visite que je fus contacté par Jacqueline Cousin).

Les toiles, les dessins, les sculptures de Jean Fautrier tracent un sentier bien à lui, non balisé, non fléché, non cerclé de rouge sur des arbres gris ou marron. Ses forêts sont mouvantes, éprouvantes peut-être, mais leurs feuilles sont en relief. L’artiste jardine, creuse, bêche, retourne les couleurs comme des graines et les fait pousser : il met, de manière déterminée, la main à la pâte.

(Toutes les photos peuvent être agrandies.)

[ ☛ à suivre ]

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