Archives du 31/01/2018

Jean Fautrier, la rétrospective éclairante =3=

Ces photographies démultipliées de Jean Fautrier, style « photomatons » – le nom a-t-il un jour été choisi par la Préfecture de police ? –  nous placent dans une position inquisitoriale : au fond, qui est-il, lui qui présente ici la tête d’un « repris de justice », d’un coupable, d’un « infracteur » ?

Nous approchons de l’époque où les poètes prennent les armes (René Char) ou chantent, à mots parfois couverts, la liberté cadenassée (Louis Aragon, Paul Éluard).

En 1949, Jean Paulhan écrira un livre intitulé : Fautrier l’enragé (repris plus tard chez Gallimard). Mais pas de vaccin contre cette maladie-là : « Pourquoi notre époque ne serait-elle pas l’une de ces époques héroïques, qu’imitent longuement les époques à venir? Pourquoi nous résigner si vite à n’être que des descendants et d’arrière-petits-fils? J’en appelle, contre une telle humiliation, à tous les jeunes ancêtres.»

Le vouloir-peindre de Fautrier s’exprime coûte que coûte, comme la sculpture qui se relève et se veut relief vivant, ainsi que les dessins évocateurs, mais d’un simple trait suspendu, de l’érotisme et de l’amour.

Les tableaux s’accomplisssent comme des amas ou des amants : Fautrier doit les aimer une fois terminés mais aussi dès leur commencement ; c’est un voyage au bout du jour, la lumière sourd des teintes enchevêtrées, des coups de pinceau violents ou doux. Le bleu est violet, le jaune est orangé, le vert est rougeoyant.

Il existe alors sans doute une fusion intérieure, une lave qui jaillit, à la fois irrépressible et nécessaire, à l’instar de toute échappée vraiment créatrice.

 

(Photos : cliquer pour agrandir.)

[ ☛ à suivre ]

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