Archives du 01/02/2018

Jean Fautrier, la rétrospective éclairante =4=

Période (1940-1945) de l’expressivité de ces pauvres Otages où Jean Fautrier présenta les « têtes » de suppliciés à la galerie Drouin, à Paris, en octobre-novembre 1945, et qui firent débat. Dans la préface du catalogue, André Malraux alla même jusqu’à écrire : « Ne sommes-nous pas gênés par certains de ces roses et de ces verts presque tendres, qui semblent appartenir à une complaisance […] de Fautrier pour une autre part de lui-même ? »

C’était sans doute ne pas sembler reconnaître, comme le ministre Malraux le fit pourtant pour Jean Moulin plus tard, un visage de la Résistance avec ses victimes anonymes ou bien déjà oubliées : Jean Fautrier, arrêté lui-même par la Gestapo en 1943, puis libéré, savait bien de quoi il parlait et peignait.

Il montrait ou esquissait la déformation de la figure devenue, par la violence barbare, inhumaine, la souffrance indicible, le couteau – arme du peintre aussi – dans la plaie et les yeux exorbités, le regard écrasé.

Mais sa série Objets (1946-1955) est l’occasion pour Jean Fautrier de retrouver la sérénité de l’observation – et de la transformation – des choses les plus familières, simples, et malgré tout porteuses d’une essence de la peinture même.

Son Encrier (1948) si beau est ainsi une invitation à plonger le pinceau dans l’encre ou le stylo dans la palette : il ressemble à un buste d’homme ou de femme, l’écriture est incarnée là dans cette image « non reproductible » (sur les chaînes de l’industrie) car sans autre fonction « utilitaire » que de traquer une matière à la fois liquide et solidifiée dans une lumière qui fut un temps assombrie.

 

(Photos : cliquer pour agrandir.)

[ ☛ à suivre ]

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