Archives du 09/03/2018

Tags dans les grandes hauteurs

« Le Parti prétendait, naturellement, avoir délivré les prolétaires de l’esclavage. Avant la Révolution, ils étaient hideusement opprimés par les capitalistes. Ils étaient affamés et fouettés. Les femmes étaient obligées de travailler dans des mines de charbon (des femmes, d’ailleurs, travaillaient encore dans des mines de charbon). Les enfants étaient vendus aux usines à l’âge de six ans.
Mais, en même temps que ces déclarations, en vertu des principes de la double pensée, le Parti enseignait que les prolétaires étaient des inférieurs naturels, qui devaient être tenus en état de dépendance, comme les animaux, par l’application de quelques règles simples. En réalité, on savait peu de choses des prolétaires. Il n’était pas nécessaire d’en savoir beaucoup. Aussi longtemps qu’ils continueraient à travailler et à engendrer, leurs autres activités seraient sans importance. Laissés à eux-mêmes, comme le bétail lâché dans les plaines de l’Argentine, ils étaient revenus à un style de vie qui leur paraissait naturel, selon une sorte de canon ancestral. Ils naissaient, ils poussaient dans la rue, ils allaient au travail à partir de douze ans. Ils traversaient une brève période de beauté florissante et de désir, ils se mariaient à vingt ans, étaient en pleine maturité à trente et mouraient, pour la plupart, à soixante ans. Le travail physique épuisant, le souci de la maison et des enfants, les querelles mesquines entre voisins, les films, le football, la bière et, surtout, le jeu, formaient tout leur horizon et comblaient leurs esprits. Les garder sous contrôle n’était pas difficile. Quelques agents de la Police de la Pensée circulaient constamment parmi eux, répandaient de fausses rumeurs, notaient et éliminaient les quelques individus qui étaient susceptibles de devenir dangereux. »

George Orwell, 1984, Gallimard 1950, traduit de l’anglais par Amélie Audiberti, éd. Livre de poche 1967 n° 1210-1211 (pages 105 et 106).

Concernant certains tags ci-dessous, remarqués hier encore à Paris, on nous signale que le « premier de cordée », sans doute responsable de leur étalage dans les grandes hauteurs de ces immeubles, serait activement recherché par les forces de l’ordre.

(photos : cliquer pour agrandir.)

(The Police, Roxanne)

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