Archives du 11/03/2018

Miettes agrandies d’un jour [2/2]

« On n’imagine pas qu’à la fin du prologue de Du côté de chez Swann le narrateur tombe sur un instantané de l’église de Combray et que ce soit là la miette visuelle qu’il déguste au lieu de la saveur de l’humble madeleine trempée dans le thé qui fait rejaillir à sa vue un pan entier de son passé.  Mais la raison n’en est pas l’incapacité des photos à évoquer des souvenirs (cette capacité existe, liée à la qualité de celui qui regarde plutôt qu’à celle de la photo), mais les exigences clairement formulées par Proust à l’égard de cette résurrection par l’imagination, à laquelle il ne demande pas seulement ampleur et précision, mais qu’elle livre le grain et l’essence des choses. Et en envisageant les photos du seul point de vue où elles pouvaient lui être utiles, comme instruments du souvenir, Proust fausse d’une certaine façon leur nature : pas tant un instrument qu’une invention ou un substitut du souvenir. »

Susan Sontag De la photographie, ibid (page 193).

(photos prises le 9 mars à Paris. Cliquer pour agrandir.)

(Yusef Lateef Quartet, Yesterdays)

[ ☛ FIN ]

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