Dans les entrailles

(photo du 6 avril. Cliquer pour agrandir.)

Descendre dans les entrailles (pourquoi ce vocabulaire de boucherie ?), dans le gouffre, dans les profondeurs, en plein milieu d’un possible magma que l’on découvrirait à la fin, bouillonnant comme à la surface d’un cratère soudain réveillé, se laisser porter de plus en plus bas par l’escalator – plutôt une sorte de décélérator – qui bringuebale vers on ne sait où, il est impossible d’apercevoir les tags rouges ou bleus sur la façade des marches dans ce sens-là, on manque de lecture, il faut tenir sa droite des fois qu’un spéléo voudrait nous doubler en vitesse, la mécanique couine, grince, gémit, se plaint mais fait son office, un jour elle sera bloquée pour être graissée, pour le moment elle accomplit sa tâche sans rechigner, elle ne songe pas à se mettre en grève, elle est soumise au bon  vouloir des ordres venus d’en-haut, elle déroule son serpent sans fin qui doit produire une sorte de huit dans le genre Moebius – mais ce n’est pas une bande dessinée – pourtant la boucle est bouclée de manière souterraine, les lames coupantes ressemblent à des rails « soutenables » (comme dirait le Hulot gouvernemental), elle s’imbriquent les unes dans les autres, tout est calculé au millimètre, on admire l’ouvrage finement tissé (ce n’est pas la tapisserie de Bayeux que la ministre de la Culture voudrait faire voyager), le fer n’a pas servi qu’à la tour Eiffel, des architectures cachées sous le sol parisien se déplient et se déploient sans compter leurs heures de travail, des passagers par milliers les piétinent mais pas violemment, des jambes et des pieds surfent parfois légèrement sur leurs plateformes, la rampe défile à la même vitesse, la main ne bouge pas sur le caoutchouc noir et accueillant, la direction est verticale, elle file comme une flèche qu’il suffit de suivre, la vague descendante nous emporte inéluctablement vers une aire d’atterrissage, les saccades font penser au code Morse -.- il s’agit bien d’une pure logique pour une station de métro qui s’affiche sous le beau nom de Télégraphe.

(John Coltrane Quartet, Spiral)

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20 réflexions sur “Dans les entrailles

  1. Votre 141 unième tunnel est très beau, tant pour la photo que le texte !

  2. brigetoun dit :

    et certains sont très longs (j’aime bien leurs frères opposés qui nous hissent comme à la place des fêtes) – bravo pour l’évocation

  3. Oh le vertige ! Bravo

  4. Francesca dit :

    Longtemps que je ne suis passée par cette station, envie d’aller vérifier in situ !

  5. PdB dit :

    une allégorie du chemin qu’emprunte ce gouvernement, à ton idée (du côté de la ZAD ?) ? (et merci pour marches géantes…)

    • @ PdB : on ne sait pas où il va mais il y va (attention à ne pas louper une marche !)…
      Jean-Pierre Pernaut va crever jeudi – grâce son invité « délocalisé » – à 13 heures sur TF1 les scores d’audience de son journal de « la France profonde »…
      Bizarre que les agents de la RATP (comme leurs collègues du RER pour sa partie SNCF) ne se croisent pas encore les bras ! 🙂

  6. Godart dit :

    Descente dans les entrailles, ne pas oublier son ail en cas de rencontre éventuelle de vampires. Mais plus grande probabilité d’y trouver de la houille plutôt que de l’ail.

  7. @ Godart : emporter un dico de langue d’oil… 🙂

  8. Vous avez raison, le vocabulaire urbain est très « boucher » : entrailles, artère, quartier, coeur, poumon (parfois vert), ventre (parfois mou)… et bientôt vente à la découpe !
    jolie plongée (un poil stressante) dans le dedans du monde souterrain… les habitants des grandes villes sont des spéléologues ; et je me dis que cet escalator, une fois les marches immobilisées et convenablement refroidies, ferait une jolie piste de ski !!

  9. Désormière dit :

    Moscou, métro Smolenskaïa, 50 mètres de profondeur. On tient bien la rampe… Enserré par une foule étroite devant, derrière. Et ça descend, à pic semble-t-il, durant un temps interminable, pendant qu’à côté l’autre escalier remonte ceux qu’on aurait tendance à considérer comme des rescapés… mais non, ce n’est pas un cauchemar, juste un souvenir (récent).

    • @ Désormière : je me souviens surtout de l’aspect « cathédrale » du métro de Moscou (mais je n’ai pas dû emprunter la station Smolenskaïa car je me déplaçais le plus souvent en taxi avec un chauffeur particulier…). 🙂

  10. Un plein accord entre texte, photo, et musique.

  11. Alex dit :

    J’apprends que la ministre de la Culture veut faire voyager la tapisserie de Bayeux, ultra-fragile ? Un jour aussi la Tour Eiffel ?
    Alors à quoi servent la photographie et la vidéo, tant appréciées, surtout en archéologie, où on ne va tout de même pas déplacer le tumulus de Gavrinis, pourtant unique au monde !

  12. Nina Delsol dit :

    Vous avez annoncé la fermeture de votre blog. Je n’en connais pas les raisons. Je ne peux m’empêcher de voir dans ce billet, une allusion au travail souterrain qui précède la parution d’une publication et aussi le retour au sous-sol, à la moindre visibilité, ceci n’étant pas pour autant synonyme de non-vie. Mais je m’é-gare ! Nous vous attendons cependant au tournant ! Bonne route. ☀️☀️☀️

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