Archives du 02/06/2018

Pense-bête républicain

« Millions, millions ! ce régime s’appelle Million. M. Bonaparte a trois cents chevaux de luxe, les fruits et légumes des châteaux nationaux, et des parcs et jardins jadis royaux ; il regorge ; il disait l’autre jour: toutes mes voitures, comme Charles-Quint disait : toutes mes Espagnes, et comme Pierre Le Grand disait : toutes mes Russies. Les noces de Gamache sont à l’Élysée, les broches tournent nuit et jour devant des feux de joie ;  on y consomme, – ces bulletins-là se publient, ce sont les bulletins du nouvel empire, – six cent cinquante livres de viande par jour : l’Élysée aura bientôt cent-quarante neuf cuisines comme le château de Schönbrunn ; on boit, on mange, on rit, on banquette ; banquet chez tous les ministres, banquet à l’École militaire, banquet à l’Hôtel de ville, banquet aux Tuileries, fête monstre le 10 mai, fête encore plus monstre le 15 août ; on nage dans toutes les abondances et dans toutes les ivresses. Et l’homme du peuple, le pauvre journalier, auquel le travail manque, le prolétaire en haillons, pieds nus, auquel l’été n’apporte pas de pain et auquel l’hiver n’apporte pas de bois, dont la vieille mère agonise sur une paillasse pourrie, dont la jeune fille se prostitue au coin des rues pour vivre, dont les petits enfants grelottent de faim, de fièvre et de froid dans les bouges du Faubourg Saint-Marceau, dans les greniers de Rouen, dans les caves de Lille, y songe-t-on ?  que devient-il ? que fait-on pour lui ? Crève, chien ! »

Victor Hugo, Napoléon le Petit, 1852 (Jean-Jacques Pauvert éditeur, 1964, collection « Libertés » N°4, pages 85 et 86).

(Paris, en face de la place de la République, 30 mai. Cliquer pour agrandir.)

(toutes les photos sont agrandissables.)

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