Archives du 09/06/2018

« La Voix humaine » portée à son incandescence par Irène Jacob

Au « 104 », on parvient à la salle 400 au bout du long couloir de cet espace culturel gigantesque (il est mieux vivant que consacré, comme jadis, aux morts), il faut se déchausser avant de pénétrer dans la mosquée laïque où l’on pourra entendre La Voix humaine, d’après Jean Cocteau, avec l’ajout d’un poème de Falk Richter et l’ordonnancement impressionnant (conception, musique, scénographie et mise en scène) de Roland Auzet.

C’est à même le sol que l’on s’installe, assis ou couchés, mais il y a aussi, tout autour de la scène de plexiglas (10 x 4 m) suspendue au-dessus des spectateurs par des câbles solides, quelques fauteuils pour éviter les maux de dos.

Apparaît alors la merveilleuse Irène Jacob qui, durant une heure, dira le monologue célèbre écrit par Cocteau en 1927. C’est non seulement une performance de mémoire mais de jeu : elle pousse un fauteuil, elle allume une cigarette, elle parle dans son portable (il a fallu quand même un peu moderniser !) et son téléphone fixe avec énorme cordon à rallonge, elle rampe, elle s’étend par terre, elle se redresse, elle court, elle respire, elle rit, elle crie, elle pleure, elle déchire les lettres aimées, et on n’entend jamais celui auquel elle s’adresse, il y a des coupures dans la communication.

La musique s’amplifie à des instants cruciaux, le son « spatialisé » colle au corps en déplacement de la comédienne qui ne fait pas, ici, de cinéma, les lumières (Bernard Revel) sont faibles ou fortes – une seule fois, ce sera littéralement insupportable à cause des effets stroboscopiques transperçant même les paupières fermées.

Des gros plans se dessinent sur un écran au plafond : grâce à l’informatique musicale de l’Ircam, la tablette renvoie l’image de celle qui s’y regarde comme dans un miroir, et l’on reconnaît comme en plusieurs éclairs certains rôles qu’elle interpréta chez des cinéastes comme Louis Malle ou Krzystof Kieslowski.

Quand, à la fin, elle redescend de ce perchoir transparent, Irène Jacob semble rayonner, comme tous ceux et celles qui l’ont accompagnée dans cette traversée « vocale » incroyable et située à une telle hauteur.

(photos du 7 juin : cliquer pour agrandir.)

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