Uzès bien raisonnable ? (7)

Dans cette petite salle du cinéma (qui en propose trois) de la rue Sigalon, à Uzès, j’ai été voir récemment, avec un ami, le film Dogman (sorti le 11 juillet 2018 en France) de Matteo Garrone, auteur de l’inoubliable Gomorra (2008).

Un film sans aucune concession, avec un acteur extraordinaire : Marcello Fonte – un faux air de Serge Gainsbourg jeune – qui a d’ailleurs remporté le prix de l’interprétation masculine au dernier festival de Cannes, un film coups de poing, coups de tête, un film qui mêle dans le même étourdissement la condition humaine et animale, un film politique sur la misère et les moyens de ne pas pouvoir en sortir.

Il ne s’agit pas du tout d’une suite « carnavalesque », comme l’a écrit Jean-François Rauger dans Le Monde : les responsables du casting ont su dénicher des « gueules » qui toutes représentent des facettes de la société (séquence extraordinaire dans la prison), des « cabossés de la vie » pour lesquels les petits trafics (drogue, vols…) sont la seule manière ou possibilité de survivre à l’environnement social dans lequel ils se sont retrouvés enfermés.

Ce n’est pas un défilé de « masques » ou d’épouvantails : non, les personnages, mis en concurrence ou en comparaison avec les chiens dont s’occupe le héros de l’histoire, sont des jusqu’au-boutistes, ou « désaxés », ils n’ont rien à perdre que leurs fers quand ils ne les ont pas encore subis.

La photo de ce film est sublime (plans de la ville se reflétant dans les flaques d’eau croupie, immeubles en forme de tours de châteaux…) et apporte comme un aspect de poésie sombre, crépusculaire, qui se dirige inéluctablement vers la tragédie.

La violence montrée est à l’image même d’une lutte à mort entre des survivants temporaires placés sous le regard des animaux en cage ou en prison – on repense au livre Demain les chiens de l’écrivain américain Clifford D. Simak (1952) – qui n’en pensent sans doute pas moins.

Dogman, lui, est aux abois : il ment pour sauver sa peau. Et l’existence continuera peut-être, hautement incertaine.

(photos : cliquer pour agrandir.)

[ ☛ à suivre ]

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13 réflexions sur “Uzès bien raisonnable ? (7)

  1. brigetoun dit :

    renforcez l’envie que j’en avais eu d’après photos et trailer à l’époque de Cannes (et zut pour les gens qui jugent que tout ce qui sort de leur monde normé – y compris dans ses dérives – est un masque, un clown alors que c’est la vie)

  2. Francesca dit :

    Absolument emballée moi aussi par ce film tout au long duquel on s’attache à ce personnage d’humain si extraordinaire englué dans des problèmes ordinaires de survie, comme on en voit chez Pasolini. Chef d’oeuvre !

  3. Alex dit :

    Une vie de chien !!! Souvent ce qui nous attend…

  4. existenceartistique49 dit :

    plus beaucoup le temps d’aller au cinéma car avec ce beau temps je vis de ma passion à fond à l’extérieure mais ça ma donne très envie de voir ce chef d’oeuvre

  5. Alex dit :

    Lahcene Benahlia, alias Alexandre Benalla, origine marocaine, un chien de garde qui fait parler de lui…
    Vu la bande annonce du film, il m’intéresse si on y défend la cause animale.

  6. Alex dit :

    Faut-il lire entre les lignes, les animaux, bah…

  7. Alex dit :

    L’apprentissage du respect d’un être humain commence par le respect de la nature en général et de l’animal en particulier.
    Ainsi on mesure l’avancée d’une civilisation.

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