Archives du 08/10/2018

Nuit câline d’un autre jour

Pas forcément (ou obligatoirement) blanche, ou noire, je la préfèrerais câline d’un autre jour et en Chine, ou sous un pavillon d’or éclairé par un astre d’argent, un tremblement dans l’air comme des cerisiers à Kyoto s’ébrouant le matin sans que personne n’y trouve rien à redire, une nuit à la Bashung mais sans mensonge uniquement avec des songes, des rêves éthérés ou précipités dans les soubresauts de la terre elle-même, la lune serait une excavatrice haut perchée ainsi que coupante, une faux lumineuse, insatiable et silencieuse – Maurice Ravel ne l’aurait pas encore épinglée – un croissant du matin à déguster le soir, entouré de nuages violets ou roses comme des semis de petits bonbons accompagnant les bougies d’anniversaire, maelström s’enroulant sur lui-même en suivant la baguette du maestro, symphonie achevée des cuivres et des bois auburn, envolée des pizzicati sur les archets du roi, timbales de fin du monde (ancien ou nouveau) où Christophe Colomb navigue inlassablement sans se soucier d’une sorte de clone actuel dénué de tous principes, triangle fin des séparations spatiales, contrebasse ennoblie par l’épaisseur inaltérable et caressante de ses cordes faites pour les doigts calleux de Charles Mingus, notes nocturnes et vrillantes du saxo ténor de John Coltrane qui s’échelonnent sur les portées invisibles d’un ciel aux désirs indistincts, musique de l’universel renversé.

(Roscoff, 18 avril 2018. Cliquer pour agrandir.)

(John Coltrane, Equinoxe)

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