Une question de (mur du) fond

(Paris, rue Jean Poulmarch, 10e, 10 octobre.)

Face à cette injonction, peinte comme une évidence (démarquage de la phrase ressassée du baron de Coubertin : « L’important, c’est de participer »), plusieurs interrogations tournent dans la tête comme des abeilles en voie d’extinction :

– s’agit-il de la dernière « base line » d’une prochaine campagne de pub de « La République en marche », destiné à accompagner le lambinant changement de gouvernement lié au « nouveau souffle » prôné le 7 octobre dans le « JDD » par Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale ?

– s’agit-il d’une maxime purement idéologique, mettant en valeur, après les « premiers de cordée » (suivis bien plus tard par les « derniers de cordée » oubliés lors de l’ascension macronienne), ceux qui « ont la gagne », ceux qui « en veulent » (à qui ?), « ceux qui « se défoncent » (des masochistes ?), ceux qui possèdent un chronomètre à la place du cœur ?

– s’agit-il de préparer les esprits aux futurs Jeux olympiques à Paris (du 26 juillet au 11 août 2024), et de les faire accepter pour le « gain » de quelques menues dépenses qui, en fait, permettront d’embellir la capitale, créeront de nouveaux axes de circulation et attireront des millions de visiteurs, touristes et sportifs en herbe ou en glyphosate dans les enceintes dédiées à des exercices de toutes sortes (100 m, 400 m, relais, 800 m, 1500 m, marathon, courses de haies et en sacs, piscine et plongeons, sauts en hauteur, en largeur, en profondeur, équitation, escrime, judo, ping-pong, échecs, jeu de dames et de messieurs, chamboule-tout, bowling, pétanque, curling, tennis, rugby, basket-ball, football, soft-ball, vélo avec stabilisateurs, golf, kayak, balle au prisonnier, tir à la carabine ou au flanc, lancer de poids, de javelot, de n’importe quoi, planche à voile et à roulettes, trottinette, parachute ascensionnel ou en torche, homme ou femme canon, soufflage de bulles de verre ou de chewing-gum, etc.) ?

– s’agit-il d’une théorie émanant du philosophe Paul Ricœur (à ne pas confondre avec un industriel du pastis) que notre bien-aimé Président de la République fréquenta un temps avant d’être appelé par la vox populi à la fonction suprême ?

Finalement, on se perd en conjectures, vu la conjoncture actuelle. Chacun répondra donc à la question posée : gagner à être connu, gagner l’éternité, gagner la reconnaissance d’autrui, gagner sans coup férir, gagner un pari stupide, gagner en écrasant les autres, gagner grâce au gang, gagner avec « la niaque », gagner sans barguigner…, selon ses propres envies, désirs, souhaits exprimés ou refoulés pudiquement.

Les réponses reçues par la Mairie de Paris seront affichées sur ce même mur par la nouvelle équipe municipale qui sera élue au printemps 2020.

(Photos : cliquer pour agrandir.)

(Art Tatum, Over The Rainbow)

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16 réflexions sur “Une question de (mur du) fond

  1. Je ne savais que les as du tir au flanc sportif pouvaient s’inscrire ! Je vais le faire alors, j’ai toutes mes chances.

  2. brigetoun dit :

    souvenir de celui qui n’était que candidat ahurissant tout le monde par son glapissement lors d’un meeting… ce n’était pas ça qu’il disait ? ou similaire (et je l’imagine se criant cela le soir avant de s’endormir et de rêver que cela va continuer)

    • @ brigetoun : Je me suis demandé si ce n’était pas lui-même qui était venu étaler ce slogan (mais on me dit qu’en même temps il était en train de parcourir l’expo Miro au Grand Palais)… 🙂

  3. attendons le prochain tag pour avoir la réponse, les artistes parisiens sont plein d’idées

  4. tartaglia dit :

    Tous les gagnants ont participé

  5. Alex dit :

    Le frugalisme…une nouvelle philosophie…le parti politique qui va gagner…
    Le frugalisme, travailler moins pour gagner quelques minutes de bonheur.

  6. Alex dit :

    Voir aussi le BNB, le Bonheur National Brut, le parti en place au Bhutan.

  7. Godart dit :

    Mais que vient faire la pauvre Louise Michel dans cette galère ?

  8. Très jolie, le petite croix supérieure en forme de X, à mi-chemin entre une inscription aztèque et l’Hourloupe de Dubuffet (une truc à deux balles, donc) (deux balles dans le Dubuffet, évidemment !) 😉

  9. @ Dominique AUTROU : Oui, j’ignore ce qui vaut à cette croix – qui échappe à tout effaçage – une telle longévité, à part son aspect « éternel »…

    « Au contraire de nourrir le grouillement primordial, l’humus fécond dont naîtront les mille fleurs, la propagande culturelle le stérilise : elle plante à sa place quatre hortensias de papier teint de sa fabrication, dont elle est très fière, et désherbe bien soigneusement tout autour. »
    Jean Dubuffet, Asphyxiante culture, J.-J. Pauvert éditeur, 1968 (collection « Libertés » N°14, page 46).

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