Archives du 29/11/2018

Pure escale à Milan (9)

Dans la salle immense, l’accordeur d’un piano à queue fait résonner ses notes harmoniques dans une séquence répétitive, comme des touches de peinture s’ajoutant les unes aux autres ; les murs les accueillent en suppléments fraîchement éclos sur des œuvres qui ont traversé les siècles.

Et voici le Saint-Pierre martyr, de Cima da Conegliano, le large couteau comme un couperet planté dans la tête sans qu’il paraisse en souffrir le moins du monde.

Plus loin, Gentile Bellini, avec son frère Giovanni, ont peint La Prédication de San Marco à Allessandria, avec un luxe de détails « orientaux » qui laissent pantois (cette œuvre doit mesurer dans les huit mètres de long).

Mais le tableau le plus impressionnant est, pas très loin, la Crocifissione, réalisé par Michele da Verona en 1501 : une envergure démente (3,35 m x 7,20m), une scène implacable de tragédie théâtrale avec ses acteurs aussi bien mythologiques (le Christ « cloué » encadré par les deux larrons) qu’inconnus à jamais, et tous ces détails inouïs : l’homme qui regarde le peintre dans les yeux – donc les spectateurs du tableau – comme on le ferait d’un photographe juste au moment de la prise de vue, les deux soldats qui jouent aux dés la tunique de Jésus, les femmes qui sont prises et bercées dans les lamentations, l’enchevêtrement ordonné des couleurs, le rouge sang et l’or blanc des larmes, les bannières et le vent immobiles dans ce moment figé par l’histoire biblique.

Ce tableau a été transféré d’un monastère de Vérone à Brera en 1811 : c’est vraiment une sorte de miracle qu’il soit parvenu ainsi jusqu’à nous.

(photos : cliquer pour élargir le champ visuel.)

[ ☛ à suivre ]

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