Archives du 10/01/2019

Vers une « Marine nation »

(Fécamp, 26.12.18, photo Virgile Hasselmann. Cliquer pour agrandir.)

Après force cogitations, il avait été décidé, dans les plus hautes sphères de l’État – de manière à montrer au bon peuple la « Transition écologique et solidaire » faisant des vagues – que chaque Français pourrait s’acheter un bateau, qui remplacerait son automobile s’il en possédait encore une égoïstement, et que ce mode de déplacement (ou de « mobilité », selon le refrain sans frein) serait étendu à tout le territoire, y compris hors de l’hexagone.

Si le nombre de fleuves, de rivières, de canaux, de mers était limité, il suffisait de creuser partout de nouvelles voies nautiques : ceci permettrait, comme certains « grands travaux » faramineux connus au travers de l’Histoire, de créer des dizaines de milliers d’emplois nouveaux – il suffirait de traverser la rive pour en trouver un – et d’inaugurer ainsi un « plan liquide » qui renverserait, notamment, la vapeur des véhicules voués à l’essence, au , au gazole, à l’électricité (50 % des voitures en Norvège sont déjà électrisées…), autant de types d’énergie plus ou moins désastreux pour la bonne santé de la planète.

En revanche les « Batocrons » (c’était le nom qu’avait trouvé l’agence de pub Havas, mandatée par le ministre François de Rugy) utiliseraient un bio-carburant à base de betteraves qui ne laisserait aucune trace de pollution, à part quelques filaments rouges flottant de temps à autre sur des eaux limpides.

Ces petits bateaux individuels feraient l’objet d’une « prime à la reconversion » de 10 000 euros, sachant que le permis de conduire obligatoire se doublerait d’un « permis de nager » (autant de nouveaux métiers créés à nouveau d’un coup de baguette magique), et un gilet (de sauvetage) orange, made in France, portant la mention SGDG, serait offert en prime à tout nouvel acheteur.

Les services de la batellerie française seraient remis sur pied (marin). La CNBA, sise à Paris dans le 12ème, au 43 rue de la Brèche-aux-Loups, aurait la haute main sur l’ensemble de la circulation navale.

Ainsi, près de 1 000 « canaux  Saint-Martin » seraient percés à Paris, 800 à Marseille, 650 à Lyon… et partout ailleurs. Les autoroutes, routes nationales, départementales et autres accès pavés ou bitumés seraient remplacés dans leur ensemble par des voies navigables : on respirerait enfin l’air pur de notre douce France, on irait lentement là où tu iras.

Une solution qui tomberait juste à pic – une fois annoncée solennellement par Benjamin Griveaux – pour calmer une petite colère populaire contre la « fiscalité injuste », amplifiée exagérément (depuis le 17 novembre 2018) par des médias irresponsables et un nombre riquiqui d’hommes et femmes politiques, opposés au pouvoir actuel, d’une humeur de boutefeux à défaut d’être eux-mêmes de véritables boute-en-train.

Dans ce contexte, notre pays ne serait plus seulement une « start-up nation » mais plus efficacement : une « Marine nation ». Des alizés heureux souffleraient alors depuis l’Élysée.

(Jon Hassell, Timeless)

Tagué , , , , , , , , , , ,