Quand Caravage passe [2/3]

Les peintres contemporains de Caravage, comme ici Cecco del Caravaggio avec son Saint Laurent pensif ou mélancolique, amis ou « ennemis » comme Giovanni Baglione (un tableau montré hier), forment une sorte « d’armée des ombres » au milieu de laquelle l’auteur de Ecce Homo se détache par son attention aux portraits en gros plan ou ses natures mortes – dénommées par bonheur « tableaux immobiles » – et où la vie surgit à l’instant pile de sa perte (têtes coupées, amours empêchés).

Là, Ecce Homo apparaît comme un tableau empreint tout à la fois de sainteté et d’humanité : le Christ baisse les yeux, humblement, les mains liées, comme résigné à son sort. Celui qui s’apprête à le vêtir prend les plus douces précautions. Quant à Judas, qui regarde frontalement le spectateur auquel il semble dire : « Et alors ? », ses mains montrent la preuve de son forfait telle une évidence contre laquelle personne ne saurait se dresser.

Si La Madeleine en extase existe en deux versions, c’est sans doute que ce moment lui-même a été répété. Cette approche dérange tous les codes de l’époque.

Et puis, la fameuse scène du Souper à Emmaüs – œuvre transportée de la Pinacothèque Brera de Milan jusqu’à Paris pour cette exposition – éclaire ardemment l’expressivité de chacun des personnages, héros d’un drame mythique où les aplats du noir envahissant servent de toile de fond à l’instar de l’image d’un abîme.

(Cecco del Caravaggio, Saint Laurent, avant 1616.)

(Caravage, Ecce Homo, 1605 (?), photo L.W.)

(Caravage, Madeleine en extase, dite « Madeleine Klain », 1606.)

(Caravage, Saint François en méditation, vers 1606.)

(Caravage, Le Souper à Emmaüs, 1606.)

(Idem supra, photo L.W.)

(Photos : cliquer pour agrandir.)

[ ☛ à suivre ]

Tagué , , , , ,

10 réflexions sur “Quand Caravage passe [2/3]

  1. brigetoun dit :

    ai admiré, ai aimé, ai appris

  2. Alex dit :

    La beauté tragique.

  3. Admirable, surhumain.

  4. PdB dit :

    couleurs magnifique (manque un peu de lumière cependant) (L.W me fait penser au film (splendide) Louise Wimmer (Cyril Mennegun, 2011) mais non…:°))

  5. Francesca dit :

    Trouvé quant à moi l’éclairage absolument parfait. Merci pour ces commentaires avisés. Joie de retrouver l’expo, à revoir encore une fois peut-être…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :