Histoire d’yeux

« Car la lumière n’est rien d’autre qu’une gamme infinie de coloris qui se juxtaposent devant nos yeux, se battent, s’opposent pour avoir le premier plan, formant des espaliers de densité plus ou moins forte selon la distance qui nous sépare de ce que nous regardons, et qui nous fait continuellement avancer, reculer, changer de place afin de donner le plus de clarté au plus grand nombre d’images. Toutes ces variations dont est pourvu le jour provoquent des vibrations qui font bouger nos yeux. Nous voyons comme si la vue avançait et se déplaçait sur un terrain très accidenté et que les yeux montaient et descendaient sans cesse les marches du jour. Et si les yeux sont si sensibles c’est pour que la moindre déviation produise un choc qui puisse se répercuter jusqu’au creux de l’orbite, que le plus infime décalage soit ressenti de façon à tenir toujours les yeux en éveil, que leur mouvement ne puisse pas s’arrêter un seul instant, qu’ils soient continuellement remués, agités, secoués, afin d’éviter leur arrêt. La lumière provoque une infinité de degrés qui placent toutes choses à des niveaux différents afin de tenir les yeux dans une excessive mobilité prolongée. Tout est en nuances et s’échelonne du point le plus bas au point le plus haut, comme pour sans cesse déranger les yeux, ne pas les laisser souffler, qu’ils sautent et bondissent, se heurtent et trébuchent, qu’ils ne s’arrêtent pas de bouger. Et ils verront. Qu’ils tournent et virent, et rebondissent, glissent sur les pistes que leur tend la lumière. Qu’ils roulent, dévalent et grimpent les côtes et les pentes que leur construit le jour, car c’est pour exciter leur sensibilité que la lumière crée ce manège infernal devant nous à travers les choses, c’est pour sans cesse les atteindre et les toucher, les piquer au vif afin que leur vol se prolonge, car c’est de cet essoufflement que naît la vue, que surgissent toutes les images. »

Jean-Luc Parant, Les Yeux, L’Envahissement des yeux, José Corti, 2002 (pages 190-191).

(Passage Chausson.)

(rue de la Grange-aux-Belles)

(… et rue Bichat, Paris, 10e, 8 juillet. Cliquer pour agrandir.)

Métronomiques interrompt ici sa parution, pour cause estivale, jusqu’à la fin août.

Bonnes vacances à toutes et à tous !

À bientôt…

D.H.

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29 réflexions sur “Histoire d’yeux

  1. brigetoun dit :

    dommage que cela finisse si mal…. (ne connaissais pas ce livre, et me voici avec nouvelle envie) – enfin bon vous avez droit à des vacances je suppose 🙂

  2. Bonne vacances à vous, profitez agréablement de votre temps de liberté estivale 🙂

  3. Alex dit :

    Pour avoir de bons yeux, il faut manger de la confiture de myrtilles bio.
    Bonnes vacances, cher Dominique !

  4. Bonne vacance cher Dominique.

  5. Arlette A dit :

    Merci pour ce final en beauté ..revenez vite nous charmer avec tant de ..je n’ose vous dire d’intelligence

  6. claira54 dit :

    Merci Dominique pour ces délicieux moments passés en votre compagnie. Agréables vacances.

  7. bonnes vacances et en avant vers le grand air
    moi j’aime bien le regard dynamique d’Aristote avec ses particules de vision jaillissantes. On pourrait les stopper momentanément pour cause de congé payé

  8. Domi Amouroux dit :

    Profitez bien de ce temps de pause. Bonnes vacances.

  9. Francesca dit :

    Merci de raviver ce souvenir car j’ai lu ce Parant-là.
    Espérons que tu voies bien clairement tout ce que tu vas découvrir pour nous en restituer quelques bribes au retour mais pour l’instant, déconnecte !

  10. jpbrx dit :

    Bonnes vacances également. J’ai pu transférer mon blog, reste à paramétrer les pages ce que je n »avais pas fait antérieurement.

  11. Quel feu d’artifice! Bonnes vacances! 🌻

  12. Robert Spire dit :

    « Métronomiques » ou « le panorama » qui emplit nos yeux de lumières.
    Bonnes vacances

  13. PdB dit :

    bonnes vacances !!! (ne pas faire l’impasse c’est important et régénérant)

  14. @ PdB : j’ai mis la barre un peu longue… mais tu as raison ! 🙂

  15. Aunryz dit :

    Merci pour ce texte que je ne connaissais pas
    __
    [L’oeil est une merveille (d’intention sans vouloir)
    une peau (à l’origine) qui se transforme pour être plus sensible
    et qui
    s’offre ainsi
    à chaque instant
    à la brûlure de la lumière
    et écrit ainsi l’image
    pour celui qui
    déchiffrera
    à chaque instant
    la blessure et sa cicatrice fugitive.]

    Bonne vacances
    quoique
    vous concernant
    le mot ne convient peut-être pas (sourire)²
    vos retours riches en partages
    démentant la possibilité
    d’un quelconque « laissé vide. »

    A très bientôt.

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