Archives du 29/08/2019

Migrer vers la Porte dorée /3\

Tous ces visages nous dévisagent. Ils portent une dignité infinie malgré leur misère, et leur joie affleure à grand peine (ou bien c’est un pur sourire intérieur). Photos ou peintures – comme dans ce tableau puissant d’André Fougeron – ces immigrés, ou maintenant « migrants » (on les nomadise ainsi), semblent nous demander : « Pourquoi ? Comment ? ».

Leur sort n’est pas défini, leur avenir est souvent derrière eux. L’inconnu, dans le nouveau pays où ils arrivent, s’ouvre comme un horizon à moitié bouché (barrière de la langue, des coutumes, de la religion, de l’alimentation, de l’éducation, de la cohabitation…).

La reproduction de leurs habitudes les rattache pourtant à la patrie qu’ils ont dû quitter. Des objets familiers les accompagnent dans leur errance ou leur station incertaine. Ils demeurent, se marient, vivent entre eux, dans leur « communauté » reconstituée vaille que vaille. Mais le travail bientôt les happe : mineurs, éboueurs, travailleurs sur chantiers de bâtiments ou autoroutes ; peu syndiqués, ils sont taillables et corvéables à merci.

Quand ils manifestent, la répression est terrible : Benjamin Stora s’est notamment penché sur le massacre du 17 octobre 1961 à Paris. Il leur est donc fortement conseillé de se tenir à carreau. N’oublions pas qu’ils participent au « redressement de la France » sans même le savoir.

(André Fougeron, Nord-Africains aux portes de la ville – La Zone – 1954.)

(photos : cliquer pour agrandir.)

(Souad Massi, Malou)

[ ☛ à suivre ]

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