Archives du 04/09/2019

« Rêves de jeunesse », un film d’Alain Raoust : solidement vivants

On peut compter les films qui font beaucoup de bruit et ne gravent pas une jolie musique dans la mémoire et il y a ceux qui travaillent juste en sens contraire.

Celui d’Alain Raoust (ancien prof de cinéma à Paris VIII), Rêves de jeunesse, appartient à la deuxième catégorie.

Une sorte de météorite en celluloïd tombé au milieu d’une déchèterie située dans les gorges du Verdon, un film tout à la fois mélancolique et tonique, poétique et politique. L’héroïne, Salomé (très fine Salomé Richard) débarque dans ce lieu – là où l’on jette ce que l’on a consommé – pour un job d’été. Elle y rencontre une fille extravertie (pétulante Estelle Meyer) puis Clément (jeu délicat de Johann Zimmer), frère de Mathis, lui qui hante cet endroit, ressemblant à un décor de western, depuis qu’il a été tué par les forces de l’ordre lors d’une manifestation dans une Zad.

« Un pays qui flingue sa jeunesse est un pays mourant » dit Clément. Près de la benne, la nuit, un cycliste (Jacques Bonnafé) perd les pédales.

Au loin, la promesse d’une île et d’une cabane dans les bois (Henry-David Thoreau sans doute lu après Auguste Blanqui) prend forme. Le rêve est là, le paysage paraît si calme, l’exil hors de la société serait une possibilité. Le trio utopiste vit sa jeunesse au soleil, les taches de rousseur de Salomé se reflétant dans l’eau vive. La guitare scande les gouttes de chaleur.

Ce très beau film, sorti le 31 juillet, et vu le 26 août, n’était plus accessible (hier) que dans deux salles à Paris : L’Archipel (10e), une seule séance le lundi, et le Studio Galande (5e), une séance le lundi également.

La production capitalistique des films français (troisième long-métrage d’Alain Raoust), et leur distribution, ne risquent hélas pas de s’améliorer avec la nomination récente à la tête du CNC de Dominique Boutonnat, une connaissance d’Emmanuel Macron.

(L’Archipel, entrée. Photos : cliquer pour agrandir.)

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