Archives du 26/09/2019

D’un labyrinthe noir et/ou lumineux ======= 4/5 =======

L’énigme se tiendrait peut-être là (on ne peut garantir sa résolution) : dans le fil ténu qui raccorde aujourd’hui et hier, l’histoire et son pré d’où elle jaillit.

Cette mince frontière, qui s’élève comme celle qui sépare le conscient et l’inconscient, se révèle ainsi dans le tableau fascinant d’Óscar Dóminguez (photo N°7). Le pêcheur semble ici à la recherche de la réalité, le poisson attendu sera bientôt matérialisé au bout de son hameçon puis, une fois grillé, dans son assiette. Sous lui – dans cette « cave » de Ganges – s’exprime un monde de fantaisie baroque, échevelée, où les corps s’enchevêtrent au sein du lupanar imaginaire, terrain de jeux des pensées éthérées ou lascives, fumées ou avalées, joutes nocturnes et érotiques dépassant le permis et le convenable non alors codifiés.

Une fois pénétrée puis appropriée, la grotte cachée, ornée d’images ou de gravures rupestres, montre l’image inversée du monde « d’en haut » : obscurité versus lumière, enfermement opposé à l’espace libre, l’ombre au soleil. L’humanité en petit nombre paraît sommeiller dans les limbes, dans les salles glacées et les couloirs noircis où les stalagmites tentent d’imiter les colonnes des futures cathédrales. L’artiste – qui ignore son statut – dessine et colorie sur des surfaces non réservées aux graffiti autorisés. Obsédé, il sculpte des « Vénus » par dizaines.

L’homme préhistorique possède déjà les qualités que nous reconnaissons à nos semblables : il aime laisser des trace de lui sur les parois cavernicoles ou dans des inventions à la Rodin. Il sort du monde souterrain pour affronter les éléments indomptables. Il connaît les soubresauts climatiques bien avant Donald Trump. L’art, sans même qu’il le devine, l’aide à vivre.

(Henri Breuil, relevé de différentes grottes…)

(Óscar Dóminguez, Cueva de Ganches, 1935.)

(Jean Fautrier, L’Écorché, 1944. Photos : cliquer pour agrandir.)

[ ☛ à suivre ]

Tagué , , , , ,