Archives du 06/11/2019

« Hitchcock à Uzès », un film qui pourrait voler jusqu’à toutes les salles de France et de Navarre ?

Soir du premier novembre, pluie sur Uzès (Gard) et grande première du film Hitchcock à Uzès, diffusé par l’unique cinéma de la ville.

Le maître du suspense ne se tient pas lui-même à l’entrée du Capitole où se presse une foule amusée par la nacelle de la montgolfière dans le hall – nous pourrons quand même pénétrer dans la grande salle malgré l’affichette « Complet » – mais le réalisateur Andreas Landeck gère, de sa haute taille, les arrivants trempés.

Son film est une fable percutante (le corbeau de La Fontaine est remplacé par des hordes de choucas) sur la transformation accélérée de la cité d’Uzès en lieu principalement touristique et piqueté de résidences secondaires, au détriment d’une partie de la population locale chassée hors de ses terres comme des volatiles importuns.

L’allusion cinématographique à Hitchcock s’imposait. Fondant sur l’agglomération, les oiseaux noirs aux cris perçants deviennent les cibles de la municipalité : le maire expose sa méthode urbaine destinée à faire régner l’ordre (à défaut de la circulation automobile) en ses murs « patrimoniaux ».

Grâce à un personnage jouant le journaliste-enquêteur (excellent Michel Lafont), agile sur son scooter comme un Nanni Moretti, on apprend de la bouche même de certains Uzétiens tout ce qui a changé et tout ce qui se trame dans l’Uzège, cette « communauté de communes » soumise à la loi du marché immobilier et commercial.

Les interviewés (il manque des sous-titres pour mieux les identifier), que ce soit sur le célèbre marché du samedi, lors de manifestations d’opposants, à la mairie, lors de la fête « taurine », à la campagne ou sur des chantiers, expriment tous une sorte de lourde inquiétude pour l’avenir et un regret répété pour le passé de la cité. Un architecte brode joliment sur le concept de « secteur sauvegardé ».

Le choucas, vedette « inséparable » de son père adoptif, un ancien Résistant, joue des tours et plane insolemment au-dessus de la tête de l’enquêteur ingénu comme dans La Mort aux trousses de Sir Alfred.

Les gags s’enchaînent avec finesse et à propos tout au long de l’histoire :  la fiction, sous ses apparences, est organisée comme un documentaire engagé contre les dérives capitalistes dans l’air vicié du temps, avec ses dimensions environnementales, écologiques, agricoles et culturelles.

Andreas Landeck a également gagné bel et bien son pari sur le plan artistique : l’invention des situations, les cadrages originaux, le montage (Clément Baratte) aux ellipses inattendues, l’utilisation logique d’un drone, le jeu burlesque des acteurs, tout concourt à emporter l’empathie et l’adhésion du spectateur.

Le réalisateur, producteur, et caméraman, a ainsi récolté un triomphe à Uzès : en attendant une sortie de son long métrage dans toutes les salles de France et de Navarre ?

(photos prises les 2, 5 et 1er novembre : cliquer pour agrandir.)

Tagué , , , , , , , ,