« Sorry We Missed You » : la dernière livraison du cinéaste Ken Loach

Dans son dernier film, Sorry We Missed You (petit mot laissé par les livreurs n’ayant pas réussi à trouver leurs destinataires), Ken Loach n’y va pas par quatre chemins. Après celui de la recherche d’un emploi (Moi, Daniel Blake, 2016), c’est au système d’« ubérisation » de la société que le cinéaste s’attaque caméra en tête.

Boulot précaire (le personnage principal travaille dans une société de livraison de colis où tout est chronométré, enregistré, pénalisé si délais ou résultats pas tenus ou obtenus, tandis que sa femme prodigue des soins à domicile), cadences infernales, incidents permanents, le tout lié aux problèmes familiaux (le fils, petit « primo-délinquant »), cerise sur un gâteau déjà rassis.

Le scénario est carré, les plans sont fixes – rien à attendre d’eux dans une optique « esthétique » – et les dialogues proférés de manière convaincante par les acteurs (Chris Hitchen et Debbie Honeywood) avec l’accent local de Newcastle.

C’est un film efficace qui déroule sa pelote piquante (au sens de meurtrissure), constat politique sans fioritures d’une société libérale où la devise pourrait être, comme pour d’autres boîtes d’origine américaine de livraison type Amazon (les drones vont remplacer les esclaves roulants) ou de taxis anonymes : « Uber Alles ».

Il est vrai que l’histoire racontée comme un documentaire par Ken Loach ne fait pas vraiment rêver : mais il faut sans doute payer plus cher ou chercher ailleurs pour être emporté dans les nimbes d’un pur paradis de l’art.

(Paris, 8/11, au Louxor, 10e. Cliquer pour agrandir.)

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11 réflexions sur “« Sorry We Missed You » : la dernière livraison du cinéaste Ken Loach

  1. brigetoun dit :

    je ne crois pas qu’il soit fait pour rêver en fait, bien entendu, mais qu’il réveille cela peut être salutaire, et puis réaliser une fiction digne d’un documentaire c’est aussi de l’art

  2. gballand dit :

    Un film dont on ressort noué. Cette histoire nous amène vers la nôtre. Bientôt une « ubérisation » de ce qui s’appelait le secteur public. Des auto-entrepreneurs à la poste, à la SNCF, dans l’enseignement, à l’hôpital, etc. Un monde meilleur, donc. 😉

  3. PdB dit :

    les temps ne sont pas tellement à la comédie non plus… (vu et chroniqué ici : (extra…!)

  4. @ PdB : qui parle de « comédie » ? 🙂

  5. Francesca dit :

    Les ravages de l’uberisation vont jusqu’aux incidences sur les relations familiales, très bien vues par Ken Loach ici encore.
    Pas beaucoup d’espoir in fine…

    • @ Francesca : on a pourtant déjà vu des grèves chez Uber (ou Deliveroo et autres forcenés), aux USA, en France ou ailleurs, et qui ont abouti à certaines avancées sociales (contrats, horaires, etc.).
      « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. » (Marx) 🙂

  6. Voilà en tout cas des artistes qui font leur boulot : dénoncer les dérives du nouveau monde (j’aime bien le « über Alles »)

  7. […] ailleurs, Jipéhel, Culture aux trousses, Le blog de Jean Paul Prinz, Lilylit, L’écrivant, Métronomiques, NormArEve, L’accent […]

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