Back to Bacon – 4 –

« Maintenant, tout est tiré au clair, clarté supérieure à celle du contour et même de la lumière. Les mots dont Leiris se sert pour Bacon, la main, la touche, la saisie, la prise, évoquent cette activité manuelle directe qui trace la possibilité du fait : on prendra sur le fait comme on « saisira sur le vif ». Mais le fait lui-même, ce fait pictural venu de la main, c’est la constitution du troisième œil, un œil haptique, une vision haptique de l’œil, cette nouvelle clarté. C’est comme si la dualité du tactile et de l’optique était dépassée visuellement vers cette fonction haptique issue du diagramme. »

Gilles Deleuze, ibid supra (page 151).

Ces distorsions, ces redoublements (ces triptyques !), ces adoubements, ces mélanges, ces reflets, ces marges découvertes puis recouvertes, ces visages immobiles ou tremblants, ces sourires masqués ou démasqués, ces perspectives brisées ou recomposées, ces traits perdus ou retrouvés, ces couleurs affamées ou repues, ce rouge qui dégouline ou s’achemine vers sa source, ce relief pointu ou aplati, ce carré clair ou triangle obscur, tout est parti de cet atelier de Bacon reproduit en miniature à la fin de l’exposition (environ 40 cm x 60 x 80, photo N°3) : comme un beau désordre – presque une image de l’intérieur de son cerveau même ? – ou un ordre peut-être pour lui seul compréhensible mais pour nous sensible.

(Charles Matton : Maquette de l’Atelier de Bacon, 1986.)

(Study of a Bull, 1991.)

(Self-Portrait, 1971.)

(art pompier, auteur inconnu.)

(photos : cliquer pour agrandir.)

[ ☛ FIN ]

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17 réflexions sur “Back to Bacon – 4 –

  1. brigetoun dit :

    « un beau désordre – presque une image de l’intérieur de son cerveau même ?… » juste
    (et que j’aime la study of a bull !)

  2. En effet l’atelier est à l’image de l’œuvre elle-même, merci pour vos photos éclairantes par bien des aspects.
    J’ai un faible cependant pour l’avant dernière, une installation en hommage aux pompiers que l’on gaze dans nos rues probablement…

  3. PdB dit :

    et merci pour la visite commentée (pour le ready-made des pompiers aussi – ils étaient à la fête hier…)

  4. Extraordinaire, merci pour la photo de l’atelier, je l’ai piquée ! Et puis bravo pour l’œil épieur

  5. Francesca dit :

    Aussi mal à l’aise avec l’atelier que devant les portraits mais l’étude du taureau m’enchante.

  6. Godart dit :

    Par vos reportages et textes, vous avez transformé mes « a priori » en désir de revisiter l’œuvre de Francis Bacon.

  7. Aunryz dit :

    Le taureau … le triptyque
    oui l’oeuvre est puissante
    Je me demande comment réagit
    non pas intellectuellement
    mais physiquement
    un végétarien
    à cette peinture toute en chair sans grain de peau
    en chair si proprement écorchée.

  8. Robert Spire dit :

    « Ces corps peints, figés dans la chorégraphie d’un mouvement continuel, donnent le sentiment d’accomplir des gestes aussi désordonnés que désespérés de la vie. Le cri poussé par la chair est celui de la conscience qui se débat dans la tentative d’échapper à la peinture-viande d’un corps prison. » Raphaël Cuir sur les portraits.
    « La vérité n’est pas gaie quand on l’a regarde d’un peu près. » Michel Lieris. (F. Bacon ou la brutalité du fait)

  9. […] Centre Pompidou, expo, 16 janvier. Cliquer pour […]

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