Archives du 14/09/2020

Ruses imaginaires °3°

(Paris, avenue Parmentier, 10e, 8 septembre. Agrandir.)

Un vélo beau, sinon rien. Elle possède le sien, après avoir essayé et délaissé les Vélib’ uniformes et d’un vert trop acide pour ses yeux couleur de lac des Vosges. Elle l’a ornementé de quelques fleurs au guidon (et d’une selle anti-pluie) afin qu’elle puisse sans doute se rappeler en ville qu’elle est encore à la campagne : mais les meuglements des vaches ont été remplacés par les sonnettes, les klaxons et les insultes.

Le parcours fleuri s’étend devant elle, à chaque tour de roue. Il lui reste à essayer de grimper bientôt les Champs-Élysées – le faire à bicyclette une fois pour s’apercevoir que ça monte réellement depuis la place de la Concorde – mais le Tour de France arrivera avant juillet cette année.

Même si « la plus belle avenue du monde » représente à nouveau l’objectif hebdomadaire des Gilets jaunes, avec l’Arc de Triomphe comme acmée, la jolie vélocipédiste tient dans sa sacoche la chasuble fluorescente qui permet à la fois de manifester sa solidarité avec ceux qui ne payent pas l’impôt sur la fortune immobilière et de se faire repérer par les automobilistes qui osent encore circuler dans Paris.

Pédaler est un plaisir : respirer des fleurs fraîches sous le nez (ici, sur ces deux-roues, pas de masque obligatoire !) durant l’effort rend celui-ci insensible et magique. Une idée marketing à creuser pour les concessionnaires nouveaux de ce type de déplacement qualifié de « doux », juste avant l’imprévu qui pourrait réveiller l’utilisatrice de son rêve mobile ou l’endormir plus brutalement.

[ ☛ à suivre ]

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