Archives du 23/09/2020

La femme aux chiens

(Paris, pont tournant de la rue Dieu, 10e, 19 septembre. Agrandir.)

Sigmund Freud, Cinq Psychanalyses (PUF, 1967, L’Homme aux loups, pages 342 et 343).

IV

LE RÊVE ET LA SCÈNE PRIMITIVE

J’ai déjà publié (1), à cause de sa richesse en matériel folklorique, ce rêve, et je commencerai ici par le rapporter dans les mêmes termes :

« J’ai rêvé qu’il faisait nuit et que j’étais couché dans mon lit. Mon lit avait les pieds tournés vers la fenêtre ; devant la fenêtre il y avait une rangée de vieux noyers. Je sais avoir rêvé cela l’hiver et la nuit. Tout à coup la fenêtre s’ouvre d’elle-même et, à ma grande terreur, je vois que, sur le grand noyer en face de la fenêtre, plusieurs loups blancs sont assis. Il y en avait 6 ou 7. Les loups étaient tout blancs et ressemblaient plutôt à des renards ou à des chiens de berger, car ils avaient de grandes queues comme les renards et leurs oreilles étaient dressées comme chez les chiens quand ceux-ci sont attentifs à quelque chose. En proie à une grande terreur, évidemment d’être mangé par les loups, je criai et m’éveillai. Ma bonne accourut auprès de mon lit pour voir ce qui m’était arrivé. Il me fallut un bon moment pour être convaincu que cela n’avait été qu’un rêve, tant m’avait semblé vivant et clair le tableau de la fenêtre s’ouvrant et des loups assis sur l’arbre. Je me calmai enfin, me sentis comme délivré d’un danger et me rendormis.

La seule action ayant eu lieu dans le rêve était l’ouverture de la fenêtre car les loups étaient assis tout à fait tranquilles et sans faire aucun mouvement sur les branches de l’arbre, à droite et à gauche du tronc, et me regardaient. On aurait dit qu’ils avaient toute leur attention fixée sur moi. Je crois que ce fut là mon premier rêve d’angoisse. J’avais alors 3, 4, tout au plus 5 ans. De ce jour jusqu’à ma 11ème ou 12ème année, j’eus toujours peur de voir quelque chose de terrible dans mes rêves.« 

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(1) Märchenstoffe in Träumen, 1913 (Éléments de contes de fées dans les rêves), Int. Zeitschr. ärtzl. Psychoanalyse, vol. I, 1913.

(photo : cliquer pour agrandir.)

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