Archives du 08/12/2020

Jean Collet et Jean-Luc Godard

J’avais vu passer rapidement cet article du « Monde » le 18 novembre dernier sur le décès du critique de cinéma Jean Collet et j’avais repensé à son petit livre sur Jean-Luc Godard (le premier que j’avais acheté dans cette collection), puis j’ai fini par le retrouver sur une étagère, caché derrière le rempart du premier rayon.

Il est vrai que l’anniversaire du cinéaste (90 ans le 3 décembre dernier) a été célébré assez discrètement, car dans la presse on parlait plus du ski possible en Suisse que du cinéma impossible en France.

Ce que j’aime dans cet ouvrage, c’est qu’il ressemble lui-même à un « montage », à un assemblage, à un cut-up, le tout collé avec grand soin et amour cinéphile, comme un « double » écrit, un palimpseste sur l’écran de papier carré des films de Godard.

« Bref, tout, décor, personnages, actions, paysans, aventures, dialogues, tout n’est qu’idées, et, comme tel, sera filmé le plus simplement possible, la caméra étant, si j’ose dire, dans son plus simple appareil, en hommage à Louis Lumière. Car il ne faut pas oublier que le cinéma doit aujourd’hui plus que jamais garder pour règle de conduite cette pensée de Bertold Brecht : « Le réalisme, ce n’est pas comment sont les choses vraies, mais comment sont vraiment les choses. »

(Scénario des Carabiniers. Introduction par J.-L. Godard, page 95.)

Certes, la filmographie s’arrête ici à Pierrot le Fou (« en préparation », 1965), mais cette explosion de couleurs mentionnée laissait deviner la suite d’autres aventures (différentes de celle de Lemmy Caution, 1965, même année) où la création radicale du maître de la Nouvelle Vague – un virus pacifique – ne devait pas cesser.

Car l’art singulier de Godard tient aussi bien dans les images captées que dans les mots dits ou écrits. Il joue avec le langage sous toutes ses formes (cinéma, politique, littérature, philosophie, peinture, musique, poésie, architecture…), il invente même ce flamboyant Adieu au langage (2014) qui transcende et résume ou aligne, dans l’harmonie et la disharmonie dialectique, tous les éléments que chacun de nous peut regarder, écouter, respirer, vivre (sa vie).

J’aime cette citation de JLG (page 74) : « Ce que je cherche, c’est le définitif par hasard. »

(photos : cliquer pour agrandir.)

(Georges Delerue, Le Mépris, Camille Thème, « Contempt »)

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