Partir hors de soi

(Paris, 16 février, 17:53. Cliquer pour agrandir.)

Partir hors de soi, hors-sol, près du soleil, s’évader même si les barreaux de la prison restent invisibles, se projeter vers là-bas (suivre le panneau indicateur J.-K. Huysmans) ou juste à côté, se détacher des contingences et des conciliabules, des confidences et des slows confits, galoper sur les eaux puisque les péniches ne prennent plus d’auto-stoppeurs, s’accrocher aux rênes et faire mine de chasser le renne, disloquer les rêves en forme de cauchemars, respirer le vent qui n’effraie pas les poissons volants, aspirer l’eau salée et la recracher même sans évents baleiniers, les événements suffisent, surplomber, survoler comme un drone la foule des cyclistes rares sur des pistes gigantesques, rire de haut, pleurer d’en-bas, s’insinuer, s’insérer, s’infiltrer, s’immiscer entre les nuages volages, devenir l’un d’entre-eux, une minuscule bulle anonyme à la géométrie de ouate, se camoufler dans la cohorte sur fond bleu ciel, le cerveau reposé à l’instar, à l’étoile, d’un ovni curieux croisant un robot persévérant, la « planète rouge » attaquée à nouveau avec succès, bientôt peut-être atterrir « en mars » (proposition de nouveau slogan pour le particule macroniste), ouvrir grands les yeux aux paupières encore collées, manger des paupiettes de veau – avant l’interdiction un jour fatale – après avoir coupé la ficelle, boire au goulot même en liberté surveillée, et imaginer alors « un autre monde » où règnerait (salut, Lichtenberg !) la loi du parapluie sans toile auquel manque le manche.

(John Coltrane, Naima)

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16 réflexions sur “Partir hors de soi

  1. brigitte celerier dit :

    merci pour ce régal… lire à haute voix (bon pas maintenant, pas assez bien réveillée pour ne pas bafouiller hors de mesure)

  2. Francesca dit :

    Beau texte ! Sur ce mur pelé, le joli parapluie flamboyant abrite le pourtant sans-abri…
    Coltrane fend le coeur.

  3. Aunryz dit :

    Bel envol… des mots qui redonnent de l’espace dans la tête… quand on les lit à haute voix… voire en les criant au ciel.

    • @ Aunryz : Merci !
      Mais c’est leur cri (celui des immigrés, SDF, chômeurs, étudiants…) qui n’est pas entendu par ces petits messieurs de la rue parisienne dite Saint-Honoré. 🙂

  4. « la loi du parapluie sans toile auquel manque le manche » : un nouveau pape est appelé araignée !

  5. Robert Spire dit :

    Cette photo, immanquablement, fait penser à J.K.H. : « A quoi bon bouger, quand on peut voyager si magnifiquement sur une chaise ».
    A quoi bon aller sur Mars quand « l’exploit » serait sur cette Terre de réaliser « le bonheur commun ». Si je traduis bien votre joli texte, cet exploit, relève encore trop du rêve et des promesses non tenues, la grille sur le pas de la porte nous ramène à la cruelle réalité de ce monde.

    • @ Robert Spire : J.-K. H. avait écrit un entraînant « Sac au dos » qui dément quelque peu cette allusion à l’immobilité…
      La grille anti-SDF (modèle déposé) – qui avant trônait devant le CCAS en face ! – est un symbole de cette politique qui a fait disparaître aussi la plupart des bancs dans les villes (y compris tous ceux du métro remplacés par des chaises percées en plastique)… 🙂

  6. Bon voyage et salut aux vent, nuages, oiseaux, soleil !

  7. @ colorspastels : ce gouvernement n’arrive à gérer ni le Covid-19… ni la météo ! 😉

  8. PdB dit :

    pour les paupiettes,c’est quand même non… :°)

  9. @ PdB : écrit juste avant que… 🙂

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