Archives du 23/03/2021

Alors, on s’en jette un ?

(photo du 10 mars. Agrandir.)

On serait à califourchon, la bouteille de Mezcal ouverte, alors, on s’en jette un ?, et les parfums qui enivrent le Consul, sous le volcan pourtant très éloigné de Reykjavik, saveurs exotiques, silhouettes ultramarines, les eaux paraissaient indigo ou émeraude, on pourrait faire la fête même chez soi puisque le carnaval à Marseille – « en extérieur on peut faire tout ce que l’on fait en extérieur ! », répète le ventriloque gouvernemental – ne correspond pas aux critères du spécialiste Christian Estrosi, l’amusement c’est terminé, « restez confinés dehors » alors qu’avant c’était « dedans », la valse à mille temps de l’aréopage élyséen et matignonesque, avec ses maquignons et ses mirlitons, une véritable troupe de théâtre aux armées, la seringue au ceinturon et le masque sous le nez, un grand bazar permanent, tous les jours on y trouve tout, La Samaritaine ressuscitée plus tôt que prévu sans l’aval du magnat François Pinault, les quais remplis d’une foule riante et insouciante, « les jours heureux » de retour annoncés par Olivier Véran, toujours reprendre les formules du maître et ne plus parler désormais de « confinement », la consigne a été passée, les éléments (ou aliments) de langage bien répertoriés, on doit réciter le mantra d’une seule langue de bois, oui, c’est « un pays qui se tient sage », et après 19 heures, c’est plus l’heure, dans la journée on va appliquer la « stratégie du bol d’air » (Journal du dimanche, 21 mars) prônée, décrétée, insufflée, expirée par Emmanuel Macron, notre bien-aimé Président qui a l’onction du Pape et la componction d’un prélat, sauf quand il sort de ses gonds avec quelques prolos auxquels il enjoint de traverser la rue pour trouver du boulot ou de bosser pour se payer un costume comme celui qu’il porte mais fait sur mesures, alors chacun regagne son domicile le soir, après quelques courses de subsistance, on n’a pas un cuisinier sur place comme dans le HLM de la rue du Faubourg Saint-Honoré, il faut aller faire la queue aux caisses des U Express, Biocop ou Naturalia, par contre les métros sont bondés, le Covid_19 a bon dos, faites donc du distanciel quatre jours sur cinq (les éboueurs approuvent),  la valse des vaccins pas livrés nous fait tourner la tête, « Mourez, nous ferons le reste ! », et Roselyne Bachelot, ministre de l’Inculture, non contente de décerner la Légion d’honneur au chanteur de « Ne m’appelez plus jamais France » et d’aller à une soirée sélect de l’Opéra Bastille, se récolte le Covid-19 alors qu’elle s’était presque dépoitraillée pour nous montrer qu’elle se faisait vacciner (la deuxième dose d’Astrazeneca n’a pas dû lui être administrée), ces Guignols tous les jours occupent les antennes (difficile pourtant de remplacer l’émission de Canal +), les pages des journaux, les sites Internet, c’est une « série » de plus, on aura besoin, une fois leur ronde terminée, d’aller « en thérapie » pour expulser ou dégueuler tout ce brouet politique, cette soupe quotidienne du « stop and go » car nous sommes une « start-up nation », cette pantalonnade permanente, ces ordonnances, ordres, décrets, autorisations, permissions, menaces, interdictions, PV à 135 euros (pourquoi pas 136, ça rappellerait trop le Front populaire ?), admonestations, mises en garde (à vue s’il le faut), le bâton et la carotte, la LBD lanceuse bientôt de balles peinturlurantes et la bouffe garantie SGDG – à quand le menu obligatoire, on a failli nous l’imposer pour Noël ! – et ces cafés, ces restaurants, ces magasins fermés, au gré des humeurs de Jean Castex et Bruno Le Maire, malgré les « gestes barrières » mis en œuvre, les programmes débiles de la télé dite de « service public », les débats sur les « chaînes d’info » avec uniquement des représentants de droite ou d’extrême droite, et toujours les mêmes syndicalistes policiers défendant Gérald Darmanin, l’homme au-dessus de tout soupçon (promu en fait « ministre de l’Extérieur » !), voilà donc qu’une épaisse chape de plomb s’est abattue sur l’expression libre et en public, romanesque, poétique, musicale, picturale, cinématographique, dramatique, circulaire… le « couvre-feu » du temps de « guerre » transformé en couvre-pensée, mais maintenant les théâtres sont occupés, les cinémas suivent l’exemple, un jour, peut-être, le minuscule roi en son palais fera un cauchemar au milieu d’un rêve des Mille et Une nuits, et il sortira tout à coup de son sommeil dogmatique en tapant de ses petits poings bagués et en hurlant : « Maman ! »

(Herbie Hancock, Cantaloupe Island)

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