Archives du 30/03/2021

Le décret du « couvre-lune »

Une décision géniale (ou simplement lumineuse) fut prise par le Président, à l’issue de la réunion « tout-en-un » du Conseil de défense, du Conseil scientifique, du Conseil de guerre et du Conseil des Anciens, soit 234 personnes au total, puis du Conseil des ministres, comme tous les mercredis.

Ayant pris l’avis de toutes les sommités réunies le matin, avant que le lendemain le duo Castex & Véran vienne jouer le sketch de la répétition de la parole sacrée, le Président décréta soudainement – sans « mea culpa » ni « remords » – et malgré l’opposition quasi unanime de ces militaires endurcis, ces scientifiques reconnus (par leur famille), ces généraux à la retraite et ces anciens présidents blasés, qu’il était plus que temps qu’une mesure à la fois réaliste et symbolique soit affichée devant les Français et fasse taire une fois pour toutes les hésitations, critiques, colères et autres humeurs de « Gaulois réfractaires » ou « procureurs » au nombre de soixante-six millions.

Le décret N°61-168 du 30 mars 2021, « relatif à la mise en place sur tout le territoire français d’un couvre-lune », fut signé dans la foulée par l’auguste main présidentielle. Le Parlement n’avait pas eu à parlementer ni les représentants du peuple « en marche » à se diriger, ce qui était d’ailleurs peu probable, en sens inverse.

À compter de la date signifiée, un système de haute technologie serait mis en place, avec l’aide des satellites et des avions AWACS de notre allié américain (heureusement, Donald Trump n’était plus en mesure de tweeter ses insanités déjà enfouies dans les égouts de l’Histoire). Ainsi un immense voile, ou un masque gigantesque, s’étendrait devant ce lampadaire céleste sur lequel on avait marché un jour (en avant, Mars !).

Désormais, la lune ne se refléterait même plus dans le caniveau et disparaîtrait des regards de la population, cachée derrière ses vitres dès l’heure du couvre-feu de 19 heures, et bientôt sagement assise devant les télés ou ordinateurs pour suivre les dernières séries à bombardement d’audience. Les doux rêveurs, les romantiques, les lunatiques, quelques poètes égarés, des musiciens de bistrot, se verraient désormais privés de la contemplation de l’astre souriant, pleinement, à moitié ou au quart de sa face.

Le Président n’était pas mécontent, finalement : s’il n’était plus « le maître des horloges » – le virus lui ayant ravi ce rôle impudemment – il était quand même parvenu à devenir, dans toutes les dimensions de l’expression, le maître des astres.

Lune2_DH

(Paris, 27 mars, 20:58.)

(Les Paul and Mary Ford, How High The Moon)

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