Archives du 11/04/2021

Installation soudaine de « miradors de proximité »

(Paris, 10e, 7 avril. Agrandir.)

Il avait été décrété, le 1er avril, par le locataire de l’Élysée que pour améliorer la loi dite primitivement de Sécurité globale, dispositif prenant tous les desiderata des Français en compte vis-à-vis de leur « sûreté » et de leur confort physique et intellectuel, qu’un système de surveillance rapprochée serait installé dans toutes les villes et villages du pays afin de renforcer et de parfaire le régime démocratique dans lequel on les avait insérés pour leur bien-être et celui de l’État qui prenait un soin attentif de leur bonheur.

Des petits miradors avaient ainsi été montés dans tous les quartiers urbains ou campagnards, sans que les mairies en soient informées au préalable, ce qui aurait conduit à des contestations, discussions voire refus sans fin : dans chacun d’eux, à l’aide de petites échelles, les « Miradoriens » (ces recrues permettant de faire baisser le nombre de personnes « à la recherche d’un emploi ») grimpaient sur les barreaux, le jour comme la nuit, pour prendre leur faction.

Le rôle qui leur était imparti était de regarder, d’observer, de détailler, de noter tout déplacement d’individus ou événement peu commun pouvant mener à une suspicion légitime de la part des représentants de l’ordre en place. Avertir immédiatement le Centre National de Sécurité et de Recherche (CNSR) était la suite immédiatement logique à enclencher pour les agents chargés de cette mission, équipés de jumelles et de fusils d’assaut.

Les « Miradors de proximité » (MDP), ainsi baptisés pour montrer à la population qu’ils avaient été construits pour coller au plus près des craintes ou des tremblements de la population, étaient déjà plus nombreux que les « antennes-relais » des opérateurs de télécommunications sur le territoire national. Après les pylones de la 5G, les MDP fleurissaient à tous les coins de rue et quadrillaient, d’une manière géométrique plaisante, tout mouvement humain, automobile, vélocipédique, trottinettesque ou autre de « mobilité douce ».

Dès que l’on sortait de chez soi, on apercevait l’un de ces édifices et l’on se sentait finalement rassuré. Au lieu d’une police présente uniquement par ses voitures aux klaxons permanents et dont certaines (les Peugeot 5008 d’un pauvre gris souris) étaient plus modernes que les anciens tacots, ces échafaudages de taille raisonnable renforçaient le citoyen dans l’idée que l’État était bel et bien là « d’en haut » et que le respect du couvre-feu – indéfiniment prolongé pour des raisons « sanitaires » – faisait l’objet, notamment, de toute son attention.

Un esprit critique s’était permis de comparer ce dispositif métallique aux anciens miradors qui parsemaient le serpentin du mur de Berlin, avant qu’il ne tombe sous la révolte populaire le 9 novembre 1989 : ce dissident, repéré sur Internet par une sorte de « police de la pensée » à la George Orwell, fut promptement conduit en chambre forte à l’hôpital psychiatrique Sainte-Anne à Paris, des ceintures de contention l’immobilisant sur sa paillasse. Un épais bâillon sur le nez et la bouche étouffa au bout de quelques minutes ses protestations.

Le contentement (sinon le consentement) de la Nation régnait désormais obligatoirement du haut en bas des échelles.

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