Installation soudaine de « miradors de proximité »

(Paris, 10e, 7 avril. Agrandir.)

Il avait été décrété, le 1er avril, par le locataire de l’Élysée que pour améliorer la loi dite primitivement de Sécurité globale, dispositif prenant tous les desiderata des Français en compte vis-à-vis de leur « sûreté » et de leur confort physique et intellectuel, qu’un système de surveillance rapprochée serait installé dans toutes les villes et villages du pays afin de renforcer et de parfaire le régime démocratique dans lequel on les avait insérés pour leur bien-être et celui de l’État qui prenait un soin attentif de leur bonheur.

Des petits miradors avaient ainsi été montés dans tous les quartiers urbains ou campagnards, sans que les mairies en soient informées au préalable, ce qui aurait conduit à des contestations, discussions voire refus sans fin : dans chacun d’eux, à l’aide de petites échelles, les « Miradoriens » (ces recrues permettant de faire baisser le nombre de personnes « à la recherche d’un emploi ») grimpaient sur les barreaux, le jour comme la nuit, pour prendre leur faction.

Le rôle qui leur était imparti était de regarder, d’observer, de détailler, de noter tout déplacement d’individus ou événement peu commun pouvant mener à une suspicion légitime de la part des représentants de l’ordre en place. Avertir immédiatement le Centre National de Sécurité et de Recherche (CNSR) était la suite immédiatement logique à enclencher pour les agents chargés de cette mission, équipés de jumelles et de fusils d’assaut.

Les « Miradors de proximité » (MDP), ainsi baptisés pour montrer à la population qu’ils avaient été construits pour coller au plus près des craintes ou des tremblements de la population, étaient déjà plus nombreux que les « antennes-relais » des opérateurs de télécommunications sur le territoire national. Après les pylones de la 5G, les MDP fleurissaient à tous les coins de rue et quadrillaient, d’une manière géométrique plaisante, tout mouvement humain, automobile, vélocipédique, trottinettesque ou autre de « mobilité douce ».

Dès que l’on sortait de chez soi, on apercevait l’un de ces édifices et l’on se sentait finalement rassuré. Au lieu d’une police présente uniquement par ses voitures aux klaxons permanents et dont certaines (les Peugeot 5008 d’un pauvre gris souris) étaient plus modernes que les anciens tacots, ces échafaudages de taille raisonnable renforçaient le citoyen dans l’idée que l’État était bel et bien là « d’en haut » et que le respect du couvre-feu – indéfiniment prolongé pour des raisons « sanitaires » – faisait l’objet, notamment, de toute son attention.

Un esprit critique s’était permis de comparer ce dispositif métallique aux anciens miradors qui parsemaient le serpentin du mur de Berlin, avant qu’il ne tombe sous la révolte populaire le 9 novembre 1989 : ce dissident, repéré sur Internet par une sorte de « police de la pensée » à la George Orwell, fut promptement conduit en chambre forte à l’hôpital psychiatrique Sainte-Anne à Paris, des ceintures de contention l’immobilisant sur sa paillasse. Un épais bâillon sur le nez et la bouche étouffa au bout de quelques minutes ses protestations.

Le contentement (sinon le consentement) de la Nation régnait désormais obligatoirement du haut en bas des échelles.

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28 réflexions sur “Installation soudaine de « miradors de proximité »

  1. lyssamara dit :

    Drôle de point de vue !

  2. @ lyssamara : l’imagination est une faculté difficile à encager par le pouvoir. 🙂

    • lyssamara dit :

      Vu sous cet angle !
      (J’étais quand même aller voir sur internet s’il n’existait pas un projet MDP en marche, marquée à vie -que je souhaite longue- par les vrais, découverts à 15 ans)
      🙂

  3. petite fable qui est si proche de la réalité et surtout si belle trouvaille dans le nom donné de petits « miradors de proximité » que je vais finir par me demander si vous n’êtes pas un des « conseillers de l’ombre » derrière les décisions de nos seigneurs 🙂

  4. Jean-Pierre dit :

    Urgent: les Miradoriens seront équipés dès ce jour d’un fusil ball-trap muni d’une lunette de visée intégrant un détecteur de vacciné.
    Seuls seront épargnés les candidats à l’AstraZeneca.

  5. Loin des préoccupations humaines, les pigeons ont l’air content de ce nouveau perchoir télescopique.

  6. Francesca dit :

    Certes les pigeons approchent le dispositif, mais ils le fuient aussitôt qu’ils ont repéré cette cheminée en forme de mince obus d’où émane une fumée inquiétante…

  7. PdB dit :

    furieusement panoptique cette affaire-là (je comprends tout à coup l’engouement de nos contemporains (particulièrement miradoriens je suppose donc) pour les chiens et autres bidules à pattes qu’on promène après cette saloperie (oups !) de couvre-feu mais avec attestation idoine…) :°)

  8. Godart dit :

    Et Castex and co pourront chanter « mirador, j’adore », en attendant la réouverture du Louxor.

  9. Robert Spire dit :

    Il s’agit d’une base de lancement de seringues Spoutnik pour vacciner à tout vent les cormorans et les « comorbidés ».
    Mirador pour picadors…🙂

  10. @ Robert Spire : Un tout nouveau vaccin, le « Spoutine VI », sera bientôt « produit » dans des usines françaises transformées da-dare en chaînes d’embouteillage. 😉

  11. Une forme de résistance pourrait naître dans le conduit de cheminée, à diffuser un gaz hilarant afin de distraire le guetteur de sa cible, les comptes rendus de celui-ci foudroyant le comité central de surveillance !

  12. gballand dit :

    Quelle idée merveilleuse que les MDP ! Les pigeons font-ils partie du personnel de la Police de la Pensée ?
    Finalement, une imagination fertile sillonne la France pendant ce confinement et, qui sait si nous ne pourrons pas nous débarrasser de cette répression larvée;)

    • @ gballand : oui (voir un commentaire précédent), ce sont des drones de la police nationale, soigneusement déguisés en pigeons ramiers.
      Il faut se méfier même des volatiles (les « hirondelles » du temps de Prévert ont disparu) ! 🙂

  13. Zoë Lucider dit :

    Cher Dominique, attention, la camisole te guette 🙂

  14. Aunryz dit :

    [peut-être que j’exabuse (il faudra me le dire) mais exceptionnellement j’insère une citation assez longue]
    « La planète des Normes  » Jan de Fast
    __

    Là était le rôle des psycho-traceurs, ces bracelets individuels qui retransmettaient en permanence aux Normes les courbes d’activités cérébrales de chaque citoyen. Lorsque la mentalité d’un Hodien devenait anormale, lorsque des conceptions hors série naissaient en lui et s’intensifiaient, le graphique enregistré se déformait et, dans la case correspondante à sa fiche d’identité, un voyant rouge s’allumait. Une psychose de déviation venait de se manifester. Certes le phénomène était rare, l’équipement des Normes datait de nombreuses générations et la très grande majorité des sujets était conditionnée d’une façon quasi héréditaire. Personne n’était plus capable d’imaginer une autre forme d’existence et encore moins de passer de la théorie à la pratique, mais cela se produisait parfois. Le « déviant » ainsi détecté n’était cependant pas considéré comme un coupable, il n’était pas question de le châtier, de le mettre au ban de la société, de l’interner dans une prison ou dans un camp de concentration. C’était un malade, un patient atteint d’une affection psychotique qui n’était pas plus répréhensible ni plus honteuse que la tuberculose ou le diabète. Il devait simplement être soigné. Un groupe spécial de fonctionnaires dépendant directement des Normes, les Servants, allait le chercher en se guidant directionnellement sur les émissions du psycho-traceur, l’emmenait à la clinique neurologique où il était soumis à cette intervention orthoneuronale à laquelle Alan avait participé, et d’où il ressortait guéri, c’est-à-dire à nouveau « normal ». Pour lui, redevenu semblable à ses concitoyens, tout se retrouvait pour le mieux dans le meilleur des mondes…

  15. @ Aunryz : En réalité (si j’ose dire), la SF, c’est fastoche !

    Il suffit d’imaginer un léger décalage par rapport à ce qui existe (les « psycho-traceurs » ressemblent à l’appli « Tous Anti-Covid » du Sieur O, le trafiquant de smartphones).

    Les bracelets électroniques « judiciaires » n’attendent également qu’une puce un peu plus sophistiquée (Balkany aurait préféré qu’elle détecte son cancer suffisamment tôt). 🙂

  16. Je vous apporterai des bonbons à Saint-Anne

  17. @ colorsandpastels : Je préfèrerais des oranges. 🙂

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